Rudolf Flükiger

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1977-1978: terrorisme dans le nord du Jura bernois ?

Trente ans après la mort de l'aspirant Rudolf Flükiger...

Col Hervé de Weck

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ JURASSIENNE DES OFFICIERS N° 24, Février 2008, p. 59-63.

URL (avec illustration supplémentaire) [1]


En Italie et en Allemagne de l'Ouest, on peut établir le portrait-robot du terroriste des années 1970. Son âge varie entre 15 et 30 ans; il appartient généralement à la classe moyenne cultivée. Au plus fort de ses attentats, le groupe Baader-Meinhof compte un noyau actif de quelques douzaines de militants.

Chez les terroristes ouest-allemands, les femmes sont les plus nombreuses et les plus fanatiques. Leur participation apparaît comme un phénomène nouveau. Grâce au vol, les terroristes disposent de fonds et d'armes les plus modernes. Leur propagande est intense: des milliers de tracts sont distribués aux étudiants. De nombreux intellectuels ouest-allemands se laissent séduire par les thèses terroristes.

Selon les idéologues de la bande à Baader, il n'y a aucun moyen légal et démocratique de transformer la société. Il faut donc la combattre d'une manière impitoyable. L'utilisation de la violence antiterroriste montrera aux masses le caractère répressif du régime; la spirale violence-répression entraînera, à terme, l'adhésion populaire. Cependant, dès qu'ils sont arrêtés, ils font aussitôt appel à ce même droit dont l'inanité prétendue servait précédemment d'excuse à l'usage de la violence. Ils demandent à bénéficier du statut de prisonnier politique et à écrire dans les journaux.

En 1978, les Brigades rouges italiennes comprennent 800 membres actifs, aidés par 10000 marginaux et soutenus par 40 000 sympathisants, parmi lesquels des jeunes chômeurs et des étudiants dont le travail se résume à une inscription annuelle. Les groupes terroristes se composent, pour une large part, d'exclus de l'université.

Chronologie dans le Jura

1972

Andreas Baader, leader de la Rote Armeefraktion, commence sa «guerre populaire» en Allemagne.

1977

7 avril.­ Attentat de la Rote Armeefraktion contre le procureur fédéral allemand Siegfried Bubak.

30 juillet.­ Attentat de la Rote Armeefraktion contre le banquier Jürgen Ponto.

5 septembre.­ La Rote Armeefraktion enlève Hanns Martin Schleyer, patron des patrons allemands. L'opération fait quatre morts, le chauffeur et 3 gardes du corps. Les ravisseurs réclament 15 millions de dollars et la libération de 11 membres du mouvement.

17 septembre.­ Dans la nuit du 16 au 17 septembre, Rudolf Flükiger, élève-officier des troupes mécanisées et légères, disparaît lors d'une course de patrouilles dans les environs des casernes de Bure.

13 octobre.­ Son corps est découvert dans une forêt à l'ouest de Grandvillars, sans pistolet, seule une moitié de sa plaque d'identité est sur son cadavre (elle ne peut s'être «cassée» toute seule). Le corps se trouve au bord d'un cratère provoqué par l'explosion d'une grenade à main.

19 octobre.­ Hanns Martin Schleyer est retrouvé mort dans la coffre d'une voiture près de Mulhouse.

22 octobre.­ Selon "Le Démocrate", des membres de la Rote Armeefraktion auraient circulé dans la partie Nord du Jura bernois.

10 novembre.­ Christophe Wackernagel et Gert Richard Schneider, membre de la Rote Armeefraktion, sont arrêtés à Amsterdam. Trois policiers sont blessés dans l'opération.

11 novembre.­ Ingried Schubert, membre de la Rote Armeefraktion, se suicide à la prison de Stadelheim.

20 décembre.­ A Fahy, un homme et une femme ouvrent le feu sur deux garde-frontière, Pierre Oberli, et Marc Hayoz, qui voulaient les contrôler. Huit coups de feu sont tirés. Il s'agit de Gabriele Kröcher-Tiedemann et de Christian Möller. Le 30 décembre, Pierre Oberli se trouve encore en réanimation. Il restera paralysé... Les deux terroristes reprennent leur voiture et roulent jusqu'à l'entrée de Porrentruy. Ils se rendent à pied à la gare où ils prennent un taxi conduit par Hubert Ribeaud. Ils sont arrêtés à l'entrée de Delémont, porteurs d'armes, de munition, de cartes détaillées de la région. Dans les bagages de Gabriele Kröcher-Tiedemann, la police trouve des cartes d'état-major des régions italiennes, des faux papiers, un plan de l'ambassade d'Israël à Bruxelles, des documents chiffrés, un rapport des autorités ouest-allemandes, sur l'affaire Schleyer, deux fusils, un couteau, ainsi que vingt mille dollars qui font partie de la rançon de deux millions de dollars payés, quelques mois avant, pour la libération de l'industriel autrichien Michael Palm Palmer. Il semble qu'ils aient séjourné quelques jours en Suisse, notamment en Ajoie, à Lucerne et à Zurich.

28 décembre.­ Vaste opération de police pour contrôler les fermes et les granges à la frontière de l'Ajoie et du Clos-du-Doubs.

1978

12 janvier.­ Dans la nuit du 12 au 13, une Grenade à main 43 explose dans un bureau de la Cour suprême du Canton de Berne.

2 mars.­ Le caporal Heusler est abattu de deux coups de pistolet près de la décharge de Porrentruy à L'Oiselier. Deux lettres anonymes adressées au poste de police de Porrentruy réclament la libération de Gabriele Kröcher-Tiedemann et de Christian Möller.

Trois hypothèses mais peu de certitudes

Trois hypothèses peuvent être retenues pour expliquer la mort de l'aspirant Flükiger, deux d'entre elles soulevant d'importantes interrogations.

(1)

Deux journalistes du quotidien "La Suisse", MM. Wisard et Noverraz, établissent une relation étroite entre la mort de Rudolf Flükiger, l'enlèvement du patron des patrons allemands et la fusillade de Fahy.

Selon eux, un rapport des Renseignements généraux français affirmerait que le patron des patrons (càd Schleyer) aurait transité par la Suisse, avant d'être assassiné et abandonné à Mulhouse. Même si la plaque tournante jurassienne Suisse - France - Allemagne permait de profiter des failles entre services de police de pays différents, on peut aussi concevoir que Schleyer ait pu être transporté, avec moins de risques, d'Allemagne en France, via la région frontalière Sarreguemines­-Karlsruhe. La frontière entre l'Allemagne et la Suisse avec des passages obligés bien contrôlés, représente certainement des problèmes qui n'ont pas échappé aux terroristes. Il n'en reste pas moins qu'à l'époque où Schleyer est encore aux mains de ses ravisseurs, un habitant de Fahy, parti aux environs de 23 heures chercher un objet dans son chalet au lieu-dit La Fiatte, aperçoit une Mercédès avec plaques allemandes parquée près d'une grange voisine. Il appelle le PC de la police cantonale à Porrentruy, où on lui conseille d'aller se coucher! Il semble très improbable que l'aspirant Flükiger ait été le témoin d'un transbordement ou d'une transaction dans un secteur aussi proche de la frontière.

Une base arrière, garantissant des fonds, des matériels divers, des armes, des contacts téléphoniques avec Me Payot, l'intermédiaire entre la Fraction Armée Rouge et le Gouvernement allemand, a pu exister dans le Jura. Il y a une certaine sympathie en Ajoie pour des mouvements terroristes: une classe de Porrentruy a observé une minute de silence à la mémoire de Baader et Enslin...

(2)

La lettre anonyme, adressée le 15 octobre 1977 à la rédaction du journal "L'Impartial" de La Chaux-de-Fonds, fait surgir une deuxième hypothèse que les enquêteurs relèguent promptement au niveau d'une basse machination pro-bernoise. Un membre du groupe Bélier, soi-disant désireux de soulager sa conscience, aurait envoyé une confession au quotidien de La Chaux-de-Fonds. Ce document n'en reste pas moins troublant, en raison des précisions qu'il apporte. L'enlèvement de Rudolf Flükiger aurait visé à déposer «un Fritz à poil» devant le Palais fédéral, face aux caméras de la télévision. L'aspirant, bloqué dans son effort, fourré dans le coffre d'une voiture et bâillonné, se serait étouffé en vomissant. Curieusement et contrairement aux articles de presse de l'époque, le rédacteur anonyme orthographie correctement, le nom de Flükiger (pas de c devant le k), de la moitié inférieure d'une plaque d'identité militaire, par exemple ? Si cette confession est véridique, le suicide à la grenade aurait été mis en scène pour faire disparaître tout indice permettant d'expliquer les circonstances du décès. Une telle hypothèse soulève quatre questions:
­(1)A-t-on investigué concernant la réunion de militants à Grandfontaine dans la nuit du 16 septembre 1977 ?
­(2)A-t-on, sur la base du modèle de machine à écrire qui a servi à dactylographier le texte anonyme envoyé à "L'Impartial", poussé les investigations, sur le terrain, pour la retrouver ?
­(3)Est-il exact que des chiens de police sont parvenus à un endroit proche d'une ferme en périphérie de la place d'armes de Bure et qu'ils ont alors perdu la trace ? N'a-t-on pas des témoins ayant constaté des mouvements suspects dans ce secteur?
­(4)L'enquête a-t-elle identifié les auteurs de la lettre au conseiller fédéral Rudolf Gnaegi et des rapports signés «Groupe action vérité affaire Flükiger»?

(3)

La rencontre de Rudolf Flükiger avec des contrebandiers ou des trafiquants, voire des sympathisants actifs du terrorisme international peut être une dernière explication. Ceux-ci, dans un endroit isolé durant une opération illicite, se trouvent surpris par un homme qui court, la lampe de poche en main. A cause de son uniforme (la fameuse «tenue bleue» et du pistolet), ils le prennent pour un garde-frontière ou un policier. Ils lui assènent un ou des coups qui se révèlent mortels. Pour brouiller les pistes, le corps est transporté sur France. Une grenade à main, volée dans un dépôt suisse, élimine les traces plus compromettantes que dans l'hypothèse précédente: une fracture de la boîte crânienne...

Contrairement à ce qu'affirmait "Le Quotidien jurassien", à l'occasion du trentième anniversaire de la disparition de l'aspirant, la thèse du suicide à la grenade paraît invraisemblable. D'abord parce que Rudolf Flükiger apparaît comme un solide gaillard, bien dans sa peau, surtout parce que, depuis 1943, le nombre de suicides en service avec une grenade à main se monte à trois ou quatre. C'est le pistolet de service qui est le plus souvent utilisé. En explosant, une Grenade à main 43 laisse des fragments numérotés qui permettent d'identifier la date de remise du lot à la troupe et l'unité qui l'a reçu. Sur les lieux de la découverte du cadavre en France, on n'a pas retrouvé le moindre numéro. Même si les enquêteurs français, arrivés les premiers sur place, ne se sont pas comportés comme des «experts» de la série «Miami», leur relative incompétence aurait-elle suffi à faire disparaître tous ces numéros?

Ces éléments renforcent l'hypothèse selon laquelle Rudolf Flükiger a été suicidé. Il serait intéressant de savoir jusqu'à quel point l'enquête a été menée. Le caporal Heusler a-t-il payé de sa vie de telles investigations? Que penser de ce restaurateur de Courtemaîche, braconnier à ses heures, qui s'est vanté, au restaurant de la Couronne à Courchavon d'en savoir long sur cette affaire, et qui va mourir mystérieusement en France, quinze jours plus tard (1) ? Plus de vingt-cinq ans après la publication de la brochure du major Roland Troyon, on n'en sait pas beaucoup plus!

(1): Sources: Le Démocrate, années 1977 et 1978; Comité de rédaction présidé par Roland Troyon: Justice et vérité. Le point sur l'affaire Flükiger. Genève, 1981.

Cf. URL (avec illustration supplémentaire) [2]


A propos de l’aspirant Flukiger

(Spectator)

p. 75:

Quelques réflexions après la lecture du texte aux pages 59 et suivantes du Bulletin SJO de février 2008. L’aspirant Flukiger s'est suicidé. Ceci est une affirmation de la justice. Est-ce la réalité? Tout d'abord, le profil psychologique de l'élève officier ne laissait rien paraître d'une telle possibilité, mais admettons cette éventualité.

La partie inférieure de son corps est retrouvée avec des éclats de grenade et la moitié de la plaque d'identité. Dans une poche? Si oui, laquelle: gauche ou droite, devant ou derrière? Casser la plaque d'identité est un geste de militaire, pour montrer la fin, soit. Mais dans le cas présent, il ne peut s'agir que d'un geste programmé qui est à rapprocher du détournement d'une grenade, de son transport camouflé et de la mise à exécution du projet. Briser sa plaque peut faire partie du tout, à condition qu'elle ait été trouvée sur le corps du côté de la main dominante. Flukiger était-il gaucher ou droitier?

Lors d'une course de patrouille en tenue bleue, ce qui était le cas, chaque officier a sur lui son arme, dans le holster. Etait-ce un P-210 ou un P-220? Le holster n'est pas le même, mais les deux se portent à la ceinture. Le 210 peut être porté en bandoulière latérale. Pour se suicider à la grenade, au niveau du thorax, il est particulièrement encombrant de prendre son arme contre soi au niveau du thorax dans le seul but de la faire disparaître avec le holster. N'oublions pas qu'il s'agissait d'une course d'orientation dans le terrain, à la recherche de points-carte. Cela ne se fait pas une arme à la main, donc le holster est indispensable.

Admettons quand même l'idée de faire disparaître l'arme dans le temps du suicide. Des éclats de grenade ont été retrouvés dans la partie inférieure du corps, mais pas de trace de métal provenant, soit du pistolet ou du magasin de l'arme, qui contenait tout de même de la munition. Encore moins de débris de cuir du holster. Si l'arme n'a pas été détruite lors de l'explosion, où a-t-elle disparu? Personne ne l’a revue. Enterrée? Un suicidaire se fiche de tout lorsqu'il est prêt de mourir, alors enterrer son arme! Volée? Cela voudrait dire que le chasseur qui a retrouvé le corps se serait approprié un objet faisant partie de l'enquête, dans le but d'augmenter le mystère. Hypothèse difficile à soutenir. Ou que quelqu'un d'autre aurait passé en premier, aurait pris l'arme et laissé le cadavre en l'état? Hypothèse aussi difficile à soutenir.

L'arme a bel et bien disparu, sans qu'elle fasse l'objet d'une recherche très poussée lors de l'enquête. Du moins cela n'apparaît pas dans les rapports à disposition du grand public. Cette arme a un numéro de série, noté dans le Livret de service de l'aspirant. Ce numéro n'a jamais fait l'objet d'une quelconque publicité, bien que l'arme ait disparu. Si elle a été détruite dans l'explosion, il ne (p.76) sert à rien. Si elle a été volée, il aurait pu servir à retrouver un témoin confirmant le suicide, ou ouvrir une autre piste, celle d'un crime.

L'hypothèse d'un crime tient-elle la route? Le contexte: la cascade des referendum liés à la création du Canton du Jura dépend du choix du district de Moutier. Dans la mesure où il bascule au Nord, la victoire serait importante. Mais l'argent manque cruellement pour faire de la publicité et de la propagande. Le 16 septembre au soir, une réunion de militants se tient à Grandfontaine. Dans quel but?

Le procès-verbal de la séance de Grandfontaine mentionne les membres présents: tous sont là, sauf un, «le choucas multicolore». Cet oiseau apportera plus tard une importante somme d'argent, pas suffisante pour faire basculer le plébiscite, mais il a rempli son contrat. Cet argent provient d'une transaction qui s'est passée dans la nuit du 16 au 17 septembre 1977. Armes et munitions contre de l’argent. Ce que le procès-verbal ne dit pas, ce sont les circonstances de la transaction. Les autres l'apprendront quelques jours plus tard. L'hypothèse de travail peut être la suivante. Flukiger fait sa course aux points. Il tombe par inadvertance sur la transaction et il est éliminé par une arme qui n'est pas la sienne (tir au thorax). La transaction se termine dans la hâte et le corps est embarqué pour ne pas attirer l'attention sur la réunion de Grandfontaine. Pour éliminer toute preuve de l’intervention d'une tierce personne, le crime est camouflé en suicide, avec une grenade prélevée sur le stock des munitions échangées. Le pistolet est gardé en compensation. N'oublions pas qu'il s'agit d'une arme inconnue des services de police.

Qui était à Grandfontaine? Qui n'y était pas? Quel était le sujet à l'ordre du jour? Quelle somme d'argent est apparue et dans quelle circonstance? Si cette hypothèse est proche de la réalité, de nombreux acteurs sont encore bien vivants, alors attention où nous mènent nos pas.

Sp.

Source:BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ JURASSIENNE DES OFFICIERS N° 25, Février 2009, p. 75-76. Editeur: Comité de la Société jurassienne des officiers

Weitere Links

  • Art. Wikipedia: Gabriele Kröcher-Tiedemann [3]
  • Art. Wikipedia: Andreas Baader (RAF) [4]
  • Art. Wikipedia: Ingrid Schubert (RAF) [5]
  • Art. Wikipedia: Rote Armee Fraktion [6]
  • Art. Wikipedia: Todesnacht von Stammheim [7]
  • Art. Wikipedia: Hanns Martin Schleyer [8]
  • Art. Wikipedia: Schleyer-Entführung [9]
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