Assemblée interjurassienne (AIJ)

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Inhaltsverzeichnis

Info

AIJ en bref

cf. Link Homepage AIJ [1]

L'Assemblée interjurassienne a été instituée en mars 1994. Elle est issue d'un accord entre trois partenaires : le Conseil fédéral, le canton de Berne, la République et Canton du Jura. Sa mission est de rapprocher les deux communautés jurassiennes, en développant des collaborations à tous les niveaux.

Les conflits politiques ne résultent pas uniquement de divergences de points de vue, ils prennent également racine dans un terrain vague où dominent les émotions, les réflexes acquis, les préjugés. C'est pourquoi la simple confrontation des intérêts fige et durcit les positions au lieu de les assouplir.

Le rapprochement des communautés divisées passe donc par le développement patient mais soutenu de collaborations multiples, d'entreprises et de projets communs. Cette conviction est celle des partenaires de l'Accord du 25 mars 1994. Il appartient à l'Assemblée interjurassienne de réaliser les objectifs formulés dans l'Accord.

Link Accord du 25 mars 1994 (pdf) [2]

Structure AIJ

Les cantons de Berne et du Jura envoient chacun douze délégué-e-s à l'Assemblée interjurassienne. Ceux-ci constituent une Délégation bernoise et une Délégation jurassienne.

Le président de l'Assemblée interjurassienne est une personnalité neutre désignée par le Conseil fédéral.

Le Bureau est composé du président de l'AIJ, de ses deux co-présidents (c'est-à-dire les présidents de délégation) et de deux assesseurs.

Les différents dossiers traités par l'AIJ sont attribués à l'une de ses six commissions permanentes. Celles-ci adressent leurs propositions à l'Assemblée plénière.

Les 6 commissions permanentes de l'AIJ

Commission Institutions (INST)

Commission Instruction publique et formation professionnelle (IPFP)

Commission Economie (ECO)

Commission Santé publique et affaires sociales (SPAS)

Commission Transports, communications et aménagement du territoire (TCAT)

Commission Culture (CULT)

cf. Link zu Details 6 ständige Kommissionen (franz.) [3]

REGARD CHRONOLOGIQUE: L’Interjurassienne de 1994 à 2009

CLR

• 25 mars 1994: l’accord signé par les cantons de Berne et du Jura ainsi que par la Confédération donne naissance à l’AIJ. Ses tâches seront de promouvoir le dialogue interjurassien, d’inciter une collaboration renforcée entre le canton du Jura et le Jura bernois et d’en proposer les instruments. L’AIJ pourra aborder, lorsqu’elle le souhaitera, la réunification sous une forme ou sous une autre.

• 11 novembre 1994: 1re séance à Moutier pour les 24 membres de l’AIJ, sous la présidence de René Felber.

• 1er février 1995: l’AIJ adopte sa 1re résolution, concernant le maintien du Centre professionnel Tornos à Moutier.

• 30 mai 1995: l’AIJ se dote de 5 commissions permanentes: transports publics et moyens de communication; instruction publique et formation professionnelle; économie; santé publique et affaires sociales; culture. Une sixième, la commission Institutions, les rejoindra un an plus tard.

• 10 décembre 1996: René Felber préside sa dernière séance. Il sera remplacé dès 1997 par Jean-François Leuba.

• 11 décembre 1997: l’avenir institutionnel est peu à peu abordé. La commission Institutions est mandatée pour étudier trois pistes: autonomisation progressive du Jura bernois; création d’un canton à six districts; création d’une structure supracantonale à l’échelle de l’Arc jurassien.

• 20 décembre 2000: suite à l’étude de la commission Institutions, et constatant qu’aucune des 3 pistes étudiées ne parviendrait à rallier la majorité des deux délégations, l’AIJ adopte la résolution Nº44. Elle propose une évolution en 2 phases et sur plusieurs années. La première est consacrée à la mise en place d’instruments de coopération. La seconde doit permettre de faire l’expérience de la collaboration interjurassienne. Il est aussi prévu d’étudier la création d’un canton à 6 districts. Le gouvernement bernois n’acceptera cette Résolution que le 5 octobre 2001.

• 19 juin 2002: le Valaisan Serge Sierro devient le troisième président de l’AIJ.

• 16 juin 2004: le Grand Conseil bernois approuve la Loi sur le statut particulier du Jura bernois. Elle prévoit la création d’un Conseil du Jura bernois (CJB) de 24 membres. Ses compétences sont limitées au domaine culturel principalement.

• 28 juin 2004: l’AIJ adopte la décision Nº18 «Suivi de la Résolution Nº44 et de la décision Nº15 et lancement en parallèle de l’étude d’une entité à 6 districts». Après dix ans, l’AIJ se lance enfin dans l’étude attendue de longue date.

• 17 novembre 2004: malgré l’annonce du début d’une étude sur une nouvelle entité à 6 districts, le Parlement jurassien valide l’initiative «Un seul Jura», malgré l’avis défavorable du gouvernement. Ce dernier est invité à préparer une offre de partage de la souveraineté avec le Jura bernois.

• 20 décembre 2004: suite au vote du législatif jurassien, l’AIJ suspend ses travaux relatifs à l’étude d’une entité à 6 districts et demande à la tripartite de se prononcer sur la suite des événements.

• 7 septembre 2005: les gouvernements jurassien et bernois, sous les auspices du Conseil fédéral, donnent mandat à l’AIJ pour mener une étude sur l’avenir institutionnel de la région. Elle comporte 3 volets: l’étude d’un nouveau canton à six districts; un bilan du partenariat direct et des institutions communes; l’étude de toute autre piste dont l’AIJ jugerait l’examen utile. Selon la loi Un seul Jura, le gouvernement jurassien devrait procéder à une proposition de partage de souveraineté à l’issue de l’étude.

• 18 février 2008: l’AIJ dévoile les contours d’un canton regroupant le Jura et le Jura bernois. Elle propose une entité formée de 6 communes (au lieu de 132).

• 14 mars 2008: l’AIJ propose Moutier comme capitale d’un canton à 6 communes.

• 26 juin 2008: l’AIJ dresse le bilan de la collaboration interjurassienne. Elle relève les nombreux blocages et le manque de volonté des deux cantons sur certains dossiers. La culture, la santé et le social font exception.

• 16 septembre 2008: selon l’étude du professeur Jeanrenaud, le nouveau canton serait financièrement viable. Les deux régions sortiraient gagnantes d’un tel regroupement, même si le Jura en retirerait un avantage plus grand que son voisin du sud.

• 22 septembre 2008: présentation de la seule «autre piste» retenue, baptisée Statu quo +. Elle prévoit un renforcement de l’autonomie du Jura bernois au sein du canton de Berne et de la collaboration interjurassienne. Elle préconise également les fusions de communes à large échelle.

• 4 mai 2009: après avoir évalué les avantages et inconvénients des trois pistes, l’AIJ livre les conclusions de son étude. La balle est maintenant dans le camp des gouvernements voire, par la suite, de la population. Parallèlement aux études institutionnelles, l’AIJ a adopté 73 résolutions entre 1994 et 2009. Un peu plus de la moitié ont été réalisées et une quinzaine sont encore en cours. Un peu plus d’une dizaine d’institutions communes ont également vu le jour.

Source = Le Quotidien Jurassien, lundi 4 mai 2009, p.3

Les 24 membres de l’AIJ

La délégation jurassienne

- Ackermann Hubert (PDC, à l’AIJ depuis le 25.1.2000) - Berberat Jean-Louis (PDC, 20.2.2001) - Henzelin André (PLRJ, 9.11.1999) - Jeannerat Claude (PDC, 14.1.2003) - Jobin Michel (PCSI, 2.11.2005) - Lachat Alain (PLRJ, 14.1.2003) - Meury Marc (PSJ, 14.1.2003) - Rebetez Claude (PDC, 31.8.2004) - Schaffter René (UDC, 11.11.1994) - Schindelholz Maryvonne (groupe de gauche, 11.11.94) - Veya Jean-Marc (PSJ, 9.4.1997) - Yersin Ursula (PSJ, 24.3.2003)


La délégation bernoise

- Astier Sylvain (PRJB, 1.7.2002) - Chaignat Daniel (Verts, 21.1.2009) - Corfu Pierre (PSA, 11.2.2004) - Forster-Boivin Marcelle (PSJB, 8.1.2001) - Frainier Hubert (PDC, 11.11.1994)) - Früh Marc (UDF, 28.6.2006) - Huguelet Cuixeres Micheline (PSA, 6.8.2008) - Montavon Guy (PSA, 28.6.2006) - Röthlisberger Claude (UDC, 28.6.2006) - Vaucher Annelise (PBD, 28.6.2006) - Von Kaenel Walter (PRJB, 4.6.1997) - Zumstein Jacques (PSJB, 15.9.2000)

Source = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai 2009, p.4

ASSEMBLÉE INTERJURASSIENNE: Francis Daetwyler, nouveau membre de la Délégation bernoise

DO

Un Imérien remplacera un autre habitant de Saint-Imier au sein de la Délégation bernoise à l’Assemblée interjurassienne. Membre du Parti socialiste du Jura bernois, Francis Daetwyler retrouvera ainsi l’AIJ dans laquelle il avait déjà siégé. Il y remplacera Jacques Zumstein, qui avait annoncé son départ dès la publication du rapport de l’Interjurassienne. Ce qui est fait depuis lundi, comme chacun le sait.

C’est le comité du PSJB (Parti socialiste du Jura bernois) qui a proposé Francis Daetwyler pour prendre le relais de Jacques Zumstein. Le choix se révèle judicieux, car Daetwyler est un fin connaisseur des arcanes de la politique régionale.

Il est en effet secrétaire de l’Association régionale Centre-Jura et vice-président du Conseil du Jura bernois.

Source = Le Quotidien Jurassien, samedi 9 mai 2009, p.13

AIJ documents (frç.) / Dokumente (deutsch)

Etude sur l’avenir institutionnel de la région interjurassienne: Rapport final de l’Assemblée interjurassienne (AIJ) (avril 2009)

Link documents (frç.) [4]

Link Dokumente (deutsch) [5]

Diverse Artikel zum Rapport final de l’Assemblée interjurassienne (AIJ) (avril 2009), präsentiert am Montag, 4. Mai 2009 in Moutier:

ARCHIVES: ASSEMBLÉE INTERJURASSIENNE. Déjà une longue histoire avec un passé chargé d’émotion

GEORGES MAILLARD


Ce lundi matin à Moutier, l’Assemblée interjurassienne (AIJ) présente son rapport final qui doit contribuer à résoudre la Question jurassienne. Retour sur quinze ans d’histoire.

L’Assemblée interjurassienne présente aujourd’hui son rapport final qui doit contribuer à une solution de la Question jurassienne.
L’AIJ a déjà une longue histoire derrière elle puisque sa création remonte à l’accord du 25 mars 1994 conclu entre les cantons de Berne et du Jura.
La coopération interjurassienne s’est développée grâce à l’AIJ mais le «réflexe interjurassien», il faut le dire, a été difficile à concrétiser durant ces quinze années.

L’excellent ouvrage de Jean-Jacques Schumacher et de sa fille Caroline (L’Assemblée interjurassienne, ouvrage de la Société jurassienne d’Emulation), rend bien compte de la complexité des réalités recouvertes par l’AIJ.

(Photo: C’était le 7 février 1996: l’inauguration des locaux de l’Assemblée interjurassienne à Moutier, en présence de l’ancien conseiller fédéral René Felber , premier président de l’AIJ. Au centre Jean-Jacques Schumacher, premier secrétaire général de l’AIJ.)

Le rapport Widmer relance la question

Les origines historiques pour commencer. Sans la création du canton du Jura et la séparation des parties nord et sud du Jura historique, il n’y aurait évidemment pas eu d’Assemblée interjurassienne. On ne va pas refaire l’histoire de la Question jurassienne mais le sentiment dominant dans une partie de la population au moins, à savoir que la création du canton du Jura n’a pas tout résolu, est essentiel dans l’histoire de l’AIJ.

Le rapport Widmer a donné le coup de fouet aboutissant à l’accord du 25 mars 1994 et à la création de l’AIJ. Un rapport qui date du 31 mars 1993, après un long travail de terrain suivant la nomination par le Conseil fédéral, le 9 mars 1992, de la commission consultative dirigée par l’ancien maire de Zurich Sigmund Widmer. La commission avait procédé à une cinquantaine d’auditions, se rappelle l’ancien conseiller d’Etat Marcel Blanc, l’un de ses membres nommés par le Conseil-exécutif bernois. Ses conclusions avaient passablement heurté les antiséparatistes du Jura bernois puisqu’elle croyait à la réunification des deux Juras, dans un avenir lointain il est vrai. Dans un premier temps, la commission Widmer préconisait la création d’un Conseil régional de coopération.

L’Accord du 25 mars 1994

C’est sur cette base qu’est conclu l’Accord du 25 mars 1994 instituant l’Assemblée interjurassienne. Le canton du Jura reconnaît l’existence de la communauté du Jura bernois dans les frontières bernoises, Berne admettant de son côté la communauté d’intérêts liant les deux parties de la région jurassienne. Le climat change considérablement, ouvrant la voie à la coopération interjurassienne et au dialogue. Pour Sigmund Widmer, l’accord va dans le sens préconisé par le rapport de sa commission.

Première séance le 11 novembre 1994

L’Assemblée interjurassienne tient sa première séance le 11 novembre 1994 à Moutier, en présence du conseiller fédéral Arnold Koller, «principal artisan de la restauration des rapports interjurassiens», commente Jean-Jacques Schumacher. Le Gouvernement jurassien avait nommé 12 personnalités, tandis que la délégation du Jura bernois était formée des élus régionaux au Grand Conseil bernois, incluant donc la minorité séparatiste. Pour sa part, le Conseil fédéral avait désigné l’ancien conseiller fédéral René Felber à la présidence de l’AIJ.

C’est le début d’un long parcours puisqu’il aura fallu 15 ans jusqu’à la présentation du rapport envisageant la solution finale à la Question jurassienne. Au début, les séances de l’AIJ paraissent assez laborieuses, à lire Jean-Jacques Schumacher. Les représentants du Jura bernois, partisans du maintien de la région dans le canton de Berne, semblent manifestement se demander ce qu’ils font là. De petits incidents le confirment, comme l’affaire des drapeaux sur la façade de l’Hôtel de Ville de Moutier où devait siéger l’AIJ. Celle-ci emménagera finalement dans d’autres locaux à Moutier.

Par la suite, la création de commissions permettra d’aborder des problèmes plus concrets et de dépassionner les débats. Cinq commissions sont créées pour les domaines suivants: transports, communications et aménagement du territoire, instruction publique et formation professionnelle, économie, santé publique et affaires sociales, culture. La commission des institutions suivra au printemps 1996.

Une bonne volonté difficile à concrétiser

Et l’AIJ empoigne les problèmes communs. La mise en question du centre de formation des apprentis de Tornos à Moutier fournira la matière à la première résolution. Mais si la bonne volonté s’affiche finalement au sein des deux délégations, les résolutions s’avèrent difficiles à concrétiser. Un exemple: la résolution N o 8 du 7 février 1996 se préoccupe de la formation professionnelle agricole et demande aux gouvernements bernois et jurassien de créer une institution commune aux deux cantons. Il faudra attendre 2004 pour aboutir à la création de la Fondation rurale interjurassienne (FRI).

Mais l’Assemblée interjurassienne a permis la naissance du «réflexe interjurassien», qui permet de chercher des solutions communes aux problèmes communs. Cette recherche d’efficacité s’impose de plus en plus aux collectivités publiques confrontées à des problèmes de recettes croissants et de «masse critique» nécessaire pour rester crédible à l’égard de tiers. Ainsi en estil pour les domaines de la formation professionnelle ou de la santé publique notamment.

Ce «réflexe interjurassien», cette recherche d’efficacité doit-elle désormais passer par un nouveau canton du Jura rassemblant les deux régions? Telle est la question abordée aujourd’hui par l’Assemblée interjurassienne à Moutier.

Source = Le Quotidien Jurassien, lundi 4 mai 2009, p.2-3

RAPPORT FINAL DE L’ASSEMBLÉE INTERJURASSIENNE - Processus: c’était le mot-clé dans les discours hier (=lundi, 4 mai 2009) à Moutier

GEORGES MAILLARD

L’Assemblée interjurassienne a remis hier à Moutier son rapport final aux Gouvernements bernois et jurassien ainsi qu’au Conseil fédéral.
L’événement s’est déroulé en toute tranquillité devant près de 80 journalistes accourus de toute la Suisse.
Le rapport ne propose pas de solution à proprement parler mais trace des pistes pour l’avenir.
La proposition la plus ambitieuse est celle d’un nouveau canton à six communes rassemblant les deux Juras.
Une minorité de cinq délégués a dénoncé ce rapport et produit son propre texte.

Le président de l’Assemblée interjurassienne, Serge Sierro, ancien conseiller d’Etat valaisan, a longuement présenté le rapport final de l’AIJ consacré à l’avenir institutionnel de la région interjurassienne. Un mot est revenu souvent tout au long de l’événement, dans la bouche de M. Sierro et dans celle de nombreuses personnes présentes: processus.

Pas UNE solution mais des pistes

Car le rapport de l’AIJ ne propose pas UNE solution au conflit jurassien mais trace des pistes pour l’avenir. C’est donc un processus que l’AIJ souhaite enclencher, dont on ignore évidemment le résultat aujourd’hui. Et le premier élément de ce processus consiste à informer, plutôt longuement (jusqu’à 18 mois), la population de la région interjurassienne sur les travaux de l’AIJ.

Pour cela, l’assemblée demande aux gouvernements bernois et jurassien de lui donner un mandat dans le but d’informer lors de séances dites «interactives», où les personnes présentes pourraient intervenir et donner leur avis. L’AIJ souhaite vivement pouvoir informer elle-même. En tant qu’institution interjurassienne, elle s’estime dans la meilleure position pour faire ce travail et éviter l’unilatéralisme qu’une autre solution pourrait présenter. Mais ce sera aux gouvernements des deux cantons d’en décider.

A entendre certains membres de l’AIJ, c’est en quelque sorte aussi la méthode, le climat d’ouverture, de dialogue et de respect de l’autre qui a prévalu au sein de l’assemblée que l’0n souhaite faire partager par la population, dans le but de mener une réflexion profonde pouvant aboutir à une remise en cause totale du paysage institutionnel actuel.

La grande ambition: un nouveau canton

L’AIJ propose en effet essentiellement deux pistes, dont la plus ambitieuse est celle d’un canton à six communes pour l’ensemble des six districts actuels du Jura et du Jura bernois, avec Moutier pour capitale. Le siège des institutions judiciaires serait placé à Porrentruy, le canton serait doté d’un Parlement à 50 membres sans suppléants. Ce canton aurait un seul cercle électoral et permettrait de développer l’attractivité de la région, avec des perspectives nouvelles au niveau de l’Arc jurassien.

Cette proposition a été approuvée par 10 voix avec deux abstentions au sein de la délégation du Jura bernois, par 11 voix et une abstention de la part des délégués jurassiens, a précisé Serge Sierro. Elle apporterait un bénéfice financier de 66 à 94 millions de francs au budget global canton-communes.

L’autre piste retenue s’appelle Statu quo+. Les propositions sont essentiellement d’ordre «organisationnel», selon l’expression de Serge Sierro. Le Statu quo+ préconise ainsi les fusions de communes. Le souhait porte sur dix communes pour chaque région dans un premier temps, et six communes au total pour le Jura bernois et le Jura d’ici vingt ans. L’analyse constate en particulier que le canton de Berne apporte des prestations pour 69,3 millions de francs par année au Jura bernois, qui reçoit davantage qu’il ne rend aux finances bernoises.

Le rapport intermédiaire relatif à ce statut particulier du Jura bernois a été approuvé à l’unanimité des deux délégations. «Ce rapport démontre bien, s’il le fallait, que ce volet du mandat a bel et bien été étudié», a commenté Serge Sierro, alors que la minorité estime le contraire.

Quelle est alors la solution politique à la Question jurassienne? «Ce serait faire preuve de fatuité que de produire une conclusion univoque», déclare Serge Sierro, soulignant la nature «politique et émotionnelle» du dossier et sa «complexité». Dans ses conclusions, l’AIJ souligne que la solution au conflit jurassien «réside dans la capacité des deux régions à respecter leurs spécificités, à poursuivre le dialogue interjurassien et à mener un débat démocratique ouvert et serein sur l’avenir de la communauté interjurassienne», relève Serge Sierro.

D’où les propositions de l’AIJ visant à organiser des séances d’information «interactives» et à déposer un rapport sur le déroulement de cette phase d’information. Les gouvernements devraient décider ensuite, sous l’égide de la Confédération, de la suite à donner aux propositions de l’AIJ. A eux en particulier d’apprécier «en temps voulu l’opportunité et les modalités d’une éventuelle consultation populaire».

Il faut poursuivre le dialogue

La poursuite du dialogue est nécessaire pour ne pas mettre en péril ce processus «délicat», estime l’AIJ. «Toute démarche unilatérale pourrait être fatale au dialogue interjurassien.» Dans cet «esprit d’écoute, de respect et de consensus», l’AIJ propose une Charte du dialogue interjurassien. «L’AIJ entend ainsi montrer que cette région doit changer le ton du débat et impérativement sortir des antagonismes politiques historiques», a noté Serge Sierro.

Le président de l’AIJ a évoqué le rapport du groupe de minorité que l’assemblée «a accepté d’entendre et de produire». Ce groupe «rappelle les résultats des plébiscites des années 70 et s’oppose à toute consultation populaire imposée au Jura bernois et qui ne respecterait pas sa volonté propre. Il estime que l’AIJ n’a pas rempli sa mission concernant les effets du statut particulier. Il est convaincu que l’avenir du Jura bernois est au sein du canton de Berne. Il souhaite que le dossier soit transféré de toute urgence au Conseil du Jura bernois.»

Et l’Arc jurassien? Une perspective énoncée

Dans ses considérations, Serge Sierro a noté en particulier que l’AIJ n’avait pas clairement étudié l’idée d’un canton de l’Arc jurassien comprenant les deux Juras et Neuchâtel. Ce n’était pas son mandat mais cette perspective a été énoncée.

A la fois coprésident de l’AIJ et membre de la minorité, Claude Röthlisberger n’a pas voulu s’exprimer sur le contenu du rapport final ni sur celui de la minorité. Il estime toutefois que «la délégation bernoise à l’Assemblée interjurassienne a travaillé avec sérieux et honnêteté à cette étude institutionnelle». Et malgré les «profondes divergences», les séances ont été «empreintes de respect mutuel» et se sont toujours conclues avec le «verre de l’amitié».

Pour sa part, Hubert Ackermann, coprésident pour la partie jurassienne, a souligné «qu’aucune esquisse de rapprochement n’aurait été possible sans écoute et dialogue». Mais la volonté de construire un avenir commun «se heurte encore à des préjugés tenaces. La communauté d’intérêts n’est plus contestée mais il n’en va pas de même pour la communauté de destin», a-t-il estimé. Les six communes sont-elles utopiques? «Les fusions de communes sont en marche. Cette proposition pourrait bien s’imposer naturellement, indépendamment du processus de l’AIJ», constate Hubert Ackermann. Il relève encore que les pistes proposées ne vont pas à l’encontre d’autres perspectives «extrajurassiennes». Le changement enfin «doit s’inscrire dans un processus démocratique. Les Jurassiens construiront ensemble une nouvelle demeure commune.»

Quelle = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai, p.2-3

COMMENTAIRE: Une prouesse, peu d’audace

Rémy Chételat

Tout ça pour ça? Le rapport de l’Assemblée interjurassienne fera des déçus. D’abord ceux que l’institution créée pour régler politiquement le conflit jurassien insupporte, les milieux probernois du Jura méridional en tête. Mais aussi, tous les pressés et les impatients, ceux qui veulent du concret, des délais, des résultats immédiats.

Vu de l’extérieur, on peine à déceler l’avancée que représente ce rapport qui suggère un processus plutôt que proposer une solution. Pourtant, l’existence même de ce rapport constitue une prouesse. Réunir aujourd’hui les antagonistes d’hier autour d’un document, fût-il d’une prudence extrême où chaque mot est pesé, aurait été inimaginable avant que l’AIJ réduise les fractures plébiscitaires des années septante. Qui aurait imaginé en 1994 que dans leur majorité les délégations du Jura bernois et celle du canton du Jura s’entendraient sur un document commun proposant des variantes de plans de construction d’une Maison jurassienne rénovée, repensée et agrandie?

Cette somme de concessions laisse logiquement peu de place à l’audace. Cependant, 19 Interjurassiens sur les 24 que compte cette assemblée ont osé oublier les rancœurs passées pour regarder vers l’avenir sans tabou. Un processus rejeté par les cinq signataires du rapport de minorité, qui demeurent emprisonnés dans les ténèbres du passé. Le plus incroyable, c’est l’adhésion du délégué agrarien du canton du Jura dont l’aversion pour l’activisme séparatiste demeure intacte.

La route reste longue pour déboucher sur du concret. Rien ne dit d’ailleurs qu’on arrivera à quoi que ce soit un jour. Les Gouvernements jurassiens et bernois doivent prendre le relais. On sent davantage d’empressement du côté jurassien qu’au bord de l’Aar. Rien n’a vraiment évolué sur ce plan-là non plus. La sage AIJ paraît désormais toute désignée pour informer sans tarder la population sur ses conclusions, afin d’éviter que son travail ne soit pollué par malice ou maladresse.

Une consultation populaire paraît la seule voie démocratiquement praticable. Les cantons devront donc jeter les bases constitutionnelles à un tel scrutin. Tout cela demandera du temps. Et encore du temps. Ces années seront plus faciles à vivre si le climat pacifié grâce à l’AIJ reste serein. Aux deux gouvernements et au Conseil fédéral d’éviter que le ciel ne se charge trop et qu’éclatent les orages.

(fin du commentaire)

Titre p.1, LQJ 5 mai 2009:

L’avenir reste à inventer

(Photo: Serge Sierro a remis le rapport à Eveline Widmer-Schlumpf, Philippe Perrenoud et Elisabeth Baume-Schneider.)

L’Assemblée interjurassienne (AIJ) a présenté hier (lundi, 4 mai 2009) à Moutier un rapport final tout en nuances.
Deux options ont été retenues: la création d’un canton à six communes ou le renforcement des pouvoirs dont dispose le Jura bernois («statu quo+»).
La résolution de la Question jurassienne pourrait passer par une votation populaire.
Les mouvements probernois ont tiré à boulets rouges sur le rapport.

Quelle = Le Quotidien Jurassien mardi 5 mai, p.1

Réactions: Le Jura veut une décision rapide au sujet des séances d’information

LQJ/TB

Le Gouvernement jurassien souhaite rencontrer rapidement son homologue bernois pour se concerter sur la suite à donner à l’étude institutionnelle de l’Assemblée interjurassienne (AI). Il souhaite parvenir rapidement à une détermination sur la demande de l’AIJ d’organiser des séances d’information interactives, afin de présenter son rapport aux différentes institutions et à la population régionale. L’exécutif cantonal jurassien estime toutefois que la durée de dix-huit mois est excessive. Il a donc déjà proposé hier des dates de rencontres au Conseil-exécutif bernois, car il souhaite que les deux exécutifs se déterminent avant la fin de l’été sur cette proposition.

Le Gouvernement jurassien a, bien entendu, pris connaissance avec beaucoup d’intérêt des pistes proposées par l’AIJ dans son rapport final. Il salue l’immense travail fourni en vue de donner suite au mandat confié et la qualité des analyses présentées. «L’AIJ a fondé sa réflexion sur des études approfondies et a eu recours à des experts reconnus pour présenter une synthèse claire comportant deux pistes, la création d’un nouveau canton composé de six communes et le «Statu quo +», explique l’exécutif cantonal jurassien dans un communiqué envoyé hier.

Il y rappelle d’abord que l’accord du 25 mars précisait en toute clarté que «l’objectif de l’AIJ était de régler politiquement le conflit jurassien». A la lecture du bilan de son étude, le Gouvernement constate que l’une des pistes proposées offre un véritable projet de société, bénéfique aux deux parties de la région jurassienne actuelle. Dans ce sens, il considère que l’AIJ a parfaitement rempli son mandat, qui consistait, dans un premier temps, à proposer une collaboration renforcée entre le Jura et le Jura bernois, ainsi que les instruments de cette collaboration, puis, dans un second temps, une voie concrète pour régler politiquement la Question jurassienne.

Le Gouvernement jurassien souligne que la voie choisie imposait aux deux cantons des concessions sur leur position initiale, mais aussi que des négociations entre eux devaient déboucher sur un véritable projet de société pour la région jurassienne.

«La piste consistant à créer un nouveau canton à six communes en repensant entièrement toute son architecture institutionnelle et administrative est à la fois séduisante et exigeante», écrit le Gouvernement, d’accord avec l’AIJ, lorsqu’elle estime que cette piste offre «une opportunité de changement et d’innovation et une possibilité de pourvoir la région interjurassienne d’institutions modernes et efficaces».

Cette solution implique une refonte totale des institutions existantes dans les deux régions et un changement complet des structures, plaçant la population du Jura et du Jura bernois devant une page à écrire en commun. D’autre part, la région regroupée au sein d’une nouvelle entité serait plus forte, plus influente et bénéficierait d’une visibilité accrue sur la scène fédérale et à l’extérieur, tandis que la fiscalité pourrait être atténuée sensiblement.

Pour le Gouvernement jurassien, la piste, intitulée «Statu quo +», permettrait de simplifier les structures institutionnelles du Jura bernois, mais ne concerne pas directement le canton du Jura. L’AIJ relève d’ailleurs que le maintien des frontières cantonales dans l’espace interjurassien correspond à «maintenir un double système institutionnel, ce qui empêche ou entrave le développement de stratégies régionales». Le «Statu quo +» comporte le risque, selon l’AIJ, de voir «la ville de Moutier et peut-être d’autres communes entreprendre une démarche communaliste signifiant l’éclatement du Jura bernois».

L’AIJ évoque aussi dans ses conclusions les pistes susceptibles d’aboutir à un vote des populations du Jura et du Jura bernois qui aurait en outre le mérite de satisfaire la loi «Un seul Jura», adoptée le 26 avril 2006 par le Parlement jurassien et qui demande au Gouvernement de formuler une proposition de partage de souveraineté sur les territoires des six districts, proposition à soumettre au Conseil-exécutif du canton de Berne.

«Ce vote populaire décidera du projet à l’issue d’un débat démocratique ouvert et serein sur l’avenir de la communauté jurassienne. Il pourra se concrétiser, lorsque les deux gouvernements cantonaux auront arrêté le cadre d’un nouveau canton, tel que préconisé par l’étude et selon des modalités à définir», poursuit l’exécutif cantonal jurassien. Il relève qu’une telle approche permettrait aux populations de se déterminer en toute connaissance de cause et, finalement, aux citoyennes et citoyens d’apporter d’eux-mêmes une solution politique à la Question jurassienne.

Quelle = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai, p.2

Réactions: Berne ne prendra aucune décision sans analyse en profondeur

LQJ/TB

Le Conseil-exécutif bernois prend acte du rapport final de l’Assemblée interjurassienne (AIJ) et lui exprime sa reconnaissance pour le rôle central qu’elle a joué dans le développement du dialogue interjurassien, depuis 1994. Il prend également acte du rapport de minorité, présenté par cinq membres de l’AIJ, soit un tiers de la Délégation jurassienne bernoise.

Le Gouvernement bernois annonce qu’il va analyser ces deux documents au cours des six prochains mois, période au cours de laquelle les gouvernements cantonaux bernois et jurassien se concerteront pour définir la suite qu’ils entendent donner aux conclusions et recommandations de l’étude.

Au cours des six prochains mois, le gouvernement bernois examinera également si des études complémentaires apparaissent nécessaires. Cet examen sera effectué en étroite collaboration avec le Conseil du Jura bernois, dont les membres, élus démocratiquement, sont en droit de se prononcer au nom de leur région.

Par ailleurs, le Conseil-exécutif bernois prêtera toute l’attention voulue au rapport de minorité, dont il prend les remarques d’autant plus au sérieux qu’elles émanent d’un tiers de la Délégation jurassienne bernoise. Quant à la question d’un éventuel vote populaire, le Conseil-exécutif bernois rappelle qu’un tel processus démocratique peut être engagé par le Gouvernement, le Parlement ou par le Peuple.

Lorsque, d’un commun accord avec le gouvernement jurassien et sous les auspices du Conseil fédéral, le Conseil-exécutif bernois a donné le mandat d’étude à l’AIJ, il ne partait pas de l’idée que cette étude déboucherait sur un vote populaire.

«Dès lors que l’AIJ préconise cette voie, il s’agira d’examiner si elle en a évalué toutes les implications et, dans le cas contraire, de procéder à cette évaluation et d’entendre le Conseil du Jura bernois sur cette question», écrit le Gouvernement bernois.

Il entend associer étroitement à ses réflexions le Conseil du Jura bernois, les autorités municipales du district de Bienne et le Conseil des affaires francophones du district bilingue de Bienne. Le Conseil-exécutif ne proposera aucune solution sans en avoir analysé avec précision et profondeur les conséquences pour Bienne et pour les relations entre cette dernière et le Jura bernois.

Quelle = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai 2009, p.2

EVELINE WIDMER-SCHLUMPF: Ne pas se focaliser sur le côté institutionnel

CLR

Dans son allocution tenue en fin de séance, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf a souligné le travail mené depuis quinze ans par l’Assemblée interjurassienne, qui a permis de restaurer le dialogue entre les deux parties du Jura. Elle a néanmoins tenu à relativiser le côté institutionnel entourant la Question jurassienne.

La conseillère fédérale a tout d’abord salué les synergies mises en place depuis 1994, comme la réalisation d’institutions communes. «L’AIJ apparaît comme un lieu de dialogue. Vous avez imaginé des solutions et obtenu des résultats. Vous pouvez être fiers», a-telle déclaré.

«La solution ne viendra pas de l’extérieur»

Eveline Widmer-Schlumpf a toutefois incité les parties à prendre du recul. «Il y a des problèmes bien plus importants dans le monde qui nous entoure que le tracé d’une frontière cantonale. Une modification de ce tracé ne doit pas être une fin en soi. Il doit être accompagné d’un projet commun». Et la conseillère fédérale de rappeler qu’un mariage forcé ou suggéré avec trop d’insistance n’amène jamais rien de bon.

Eveline Widmer-Schlumpf a en outre exhorté les différents acteurs à faire preuve de respect, de tolérance et de patience, autant de vertus qui ont fait la force de la Suisse.

Elle a enfin assuré que rien ne serait imposé. «C’est du sol jurassien que doit naître et naîtra le futur de cette région. Le rapport est une étape, c’est vers l’avenir que nos regards se portent. Vous avez la parole, et je suis certaine que vous en ferez bon usage», a-t-elle conclu, en rappelant qu’elle serait toujours à l’écoute.

Quelle = Le Quotidien Jurassien mardi, 5 mai p.3


ELISABETH BAUME-SCHNEIDER ET MICHEL PROBST (JU): Une première étape mais pas la victoire

CLR/GM

Présidente de la Délégation aux affaires jurassiennes du gouvernement jurassien, Elisabeth Baume-Schneider l’a rappelé dans son discours: le Gouvernement n’a jamais fait mystère de sa volonté de reconstituer l’unité du Jura. La piste du canton à 6 communes recueille donc logiquement ses faveurs.

«Le rapport propose un réel projet de société pour la région. On pourrait regretter que l’AIJ n’ait pas formulé des recommandations plus claires. Les signataires de l’accord de 1994 ont toutefois tous les éléments en mains pour se concerter. L’AIJ a réalisé un travail de qualité. Nous devons prendre la responsabilité de le tester», estime-t-elle. La ministre ne crie toutefois pas victoire. «Ce n’est qu’une première étape», a-t-elle déclaré, avant de préciser que l’offre de partage de souveraineté du canton du Jura, prévue dans la loi «Un seul Jura», n’interviendrait pas tant que le dialogue se poursuit.

Michel Probst, président du Gouvernement jurassien, s’est lui réjoui «d’un nouveau projet d’avenir qui privilégie le droit des populations à s’exprimer. Nous devons discuter des modalités avec le Gouvernement bernois, si possible avant l’été. Mais on y croit avec force.»

Quelle = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai, p.3


PHILIPPE PERRENOUD (BE): Des propos empreints de prudence

CLR

Dans son discours comme à l’heure des questions, le conseiller d’Etat délégué aux affaires jurassiennes Philippe Perrenoud est resté très prudent. S’il a tiré un coup de chapeau à l’AIJ pour l’ensemble de ses travaux et sa capacité à sortir des sentiers battus, il a aussi rappelé qu’un vote populaire n’allait pas de soi. «Le Conseil-exécutif n’a pris à aucun moment l’engagement de consulter de toute manière la population», a-t-il argumenté, rappelant que les citoyens n’étaient pas unanimes quant à la nécessité d’un vote. Il a toutefois précisé que la proposition serait prise au sérieux et examinée d’entente avec le Conseil du Jura bernois.

Concernant les pistes proposées, Philippe Perrenoud s’est montré peu loquace. «L’AIJ a préparé des bases de discussion intéressantes. Nous allons consulter nos partenaires et voir si des études complémentaires sont nécessaires. Nous devons aussi tenir compte de la communauté d’intérêts reliant le Jura bernois et Bienne».

Et de conclure: «Le gouvernement bernois a toujours pensé que le bonheur du Jura bernois était dans le canton de Berne. Du moins jusqu’à présent. Nous avons maintenant six mois pour dire s’il est ailleurs».

Quelle = Le Quotidien Jurassien, mardi, 5 mai, p.3

Réactions

Eveline Widmer-Schlumpf, présidente de la délégation du Conseil fédéral à la Question jurassienne

L’AIJ n’est pas au but, elle a encore du travail. Je ne suis pas fatiguée par la Question jurassienne dont je constate l’importance pour la région. De telles discussions autour des frontières ont lieu ailleurs en Suisse, entre Saint-Gall et Appenzell par exemple. Mon implication dans le processus est limitée: je suis médiatrice et je ne peux donc jouer de rôle moteur. Concernant la perspective d’une votation populaire, ce sera au canton de Berne de décider s’il souhaite que la population s’exprime. Le Jura me paraît clairement favorable. Précisons qu’avant elle, trois conseillers fédéraux se sont occupés du dossier interjurassien: Christoph Blocher, Ruth Metzler et Arnold Koller qui a paraphé l’accord du 25 mars1994.


Hubert Ackermann, coprésident de l’Assemblée interjurassienne, partie jurassienne

C’est un processus. On invite la population à participer à un processus avec des plans dont il faut discuter. Il y a des bases pour construire. Les propriétaires doivent se prononcer. Je souhaite qu’il y ait un vote démocratique. La minorité préconise de ne pas voter: a-t-elle peur que le peuple prenne goût au changement ? Je crains qu’on ne tue le débat dans l’œuf. Or, on démontre que le Jura bernois serait mieux avec nous. C’est quelque chose qui doit les interpeller. J’ai été frappé de l’intérêt de la Suisse pour l’événement. Ceux qui disent que la Question jurassienne n’intéresse plus les gens se trompent. Quant au discours de Mme Widmer-Schlumpf, je l’ai trouvé très suisse.

Claude Röthlisberger, UDC, coprésident jurassien bernois de l’AIJ , signataire du rapport de minorité

Selon moi, le rapport de minorité exprime un courant de pensée majoritaire dans le Jura bernois. On n’a sonné personne, c’est le Jura qui est venu nous chercher. Or, nous sommes contents de notre situation. J’ai apprécié les propos d’Eveline Widmer-Schlumpf (n.d.l.r.: qui a précisé qu’une nouvelle frontière cantonale ne devait pas être une fin en soi). Je rappelle aussi qu’à deux voix près, la délégation bernoise rejetait le rapport. Le but est donc de placer plus de représentants probernois au CJB et au Grand Conseil lors des élections de 2010. Quant à la suite des travaux, je serais prêt à demander un moratoire de 20 ans, à l’issue duquel on dresserait un bilan honnête de la situation.


Serge Sierro, président de l’AIJ nommé par le Conseil fédéral, ancien conseiller d’Etat valaisan, notaire à Sierre

Nous avons proposé 2 solutions: aux gouvernements de les faire valoir et de les finaliser. Nous n’avons pas fixé de délai car nous ne voulions pas mettre de pression. Les intervenants ont bien compris que le dialogue devait se poursuivre, dans la tolérance et le respect. Voltaire disait: «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai pour que vous puissiez le dire.» C’est tout à fait dans l’esprit qui nous anime. C’est dans le dialogue que l’on peut construire. L’AIJ n’est pas un groupe d’experts. C’est une institution politique, où s’expriment des avis divergents. Malgré tout, nous avons pu formuler des propositions concrètes, tout en laissant des alternatives.

Maxime Zuber, maire de Moutier

Je suis globalement satisfait du rapport. Ne proposer qu’une seule piste demandait un courage que l’AIJ n’a pas eu. Avec deux voies, elle a voulu ménager la chèvre et le chou. Je crois cependant encore à la possibilité d’une solution ambitieuse, comme un canton à six communes. L’AIJ nous donne une belle opportunité de redessiner la maison interjurassienne. Ce serait dommage de ne pas la saisir. Il ne s’agit pas seulement de déplacer une frontière, mais de multiplier les forces de la région. Pour la suite, j’ai confiance en l’AIJ et le Gouvernement jurassien, mais je reste plus prudent concernant le Gouvernement bernois. Quant aux auteurs du rapport de minorité, ils manquent visiblement d’ambition pour la région.

Pierre Kohler, maire de Delémont

Je suis déçu qu’il y ait deux pistes et que l’Assemblée interjurassienne (AIJ) n’en ait pas choisi une tout de suite. Avec une seule variante, il aurait été possible d’avoir un débat sur quelques chose de solide. Je me réjouis néanmoins de constater que nous entrons maintenant dans une phase d’information à la population, car c’est très bien que les gens puissent en parler. C’est une première phase, l’idée globale doit mûrir. Il sera alors temps de parler du problème de la capitale. Si le transfert de la capitale jurassienne à Moutier est le seul élément qui permet la réunification, on pourra ouvrir le débat sans a priori, mais, actuellement, cette problématique est très secondaire.


Pierre-André Comte, secrétaire général du MAJ

Je suis plutôt satisfait, car l’Assemblée interjurassienne (AIJ) consacre le fait que la Question jurassienne n’est pas résolue. Elle met en évidence deux pistes, dont un projet d’avenir, alors que la piste du statu quo, sans plus, est inappropriée à résoudre la question. L’AIJ consacre aussi le principe que la population puisse se prononcer en connaissance de cause. Je peux adhérer à l’idée que l’AIJ présente ses conclusions à la population, mais sa démarche ne doit pas entraver le processus en cours. Je pense au délai de six mois fixé pour revoir la situation sous l’angle de l’initiative «Un seul Jura». Je salue la volonté de l’AIJ de résoudre la Question jurassienne avec une solution originale.

Roland Benoît, président de Force démocratique

Les propositions faites par l’AIJ vont bien trop loin. Si deux pistes ont été proposées, c’est juste pour montrer qu’une alternative au canton à 6 communes a été effleurée. Car on sait que l’option Statu quo+ n’a aucune chance d’aboutir. J’estime que l’AIJ n’a pas rempli son mandat car le gros du travail a concerné les 6 communes, alors que le statu quo n’a pas été suffisamment étudié. De plus, je ne souscris pas du tout à l’idée d’une campagne d’information menée par l’AIJ. On sait très bien qu’elle axerait sa présentation sur les 6 communes pour tenter de convaincre la population. Par ailleurs, le vote n’a pas à nous être imposé de l’extérieur. C’est à la population de décider si elle veut se prononcer.

Source = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai, p.3 et 4

RAPPORT FINAL: «Situation actuelle pas satisfaisante»

ARNAUD BERNARDIN

L’AIJ veut poursuivre son mandat en lançant une campagne de consultation populaire.
Le rapport final de l’AIJ répond au mandat des cantons de Berne et du Jura du 7 septembre 2005 d’étudier l’avenir institutionnel de la région.
Le document expose les travaux de l’AIJ, ses conclusions ainsi que ses visions d’avenir. Extraits

Bilan, phase consultative populaire, charte interjurassienne. Le rapport final de l’AIJ rendu public hier lève le voile sur une étude menée depuis septembre 2005 et plus largement sur des travaux entamés voici quinze ans. En outre, il est question en une cinquantaine de pages d’un état des lieux de la situation actuelle, d’une évaluation des deux pistes explorées pour l’avenir institutionnel du Jura bernois et de la République et canton du Jura et de la suite des opérations dans les mois à venir.

Depuis l’Accord du 25 mars 1994 et sa création, l’AIJ estime que «l’institutionnalisation du dialogue interjurassien a produit des effets positifs(...)». Toutefois, elle relève aussi que «(...) des blocages entravent le développement de la collaboration interjurassienne». «Vue sous l’angle du partenariat direct, la situation actuelle n’est pas satisfaisante», précise encore le rapport.

Une résultante d’une volonté politique forte L’AIJ a retenu deux options, à savoir la création d’un nouveau canton à six communes et le statu quo+, soit un renforcement des collaborations entre les deux régions en maintenant le Jura bernois dans le canton de Berne.

La première, résultant «d’une volonté politique forte», est décrite comme une «opportunité de changement et d’innovation, une possibilité de pourvoir la région interjurassienne d’institutions modernes et efficaces».

Quant à la seconde, elle «s’inscrit dans la situation institutionnelle existante dont elle vise l’amélioration». Cette solution, «diluée dans ses effets», «des impliquerait aménagements plutôt d’ordre organisationnel».

A ce titre, on espère atteindre l’objectif de dix communes par région dans un délai de cinq ans et trois par région en vingt ans. Pour étayer ses conclusions, l’AIJ renvoie au rapport du professeur Jean-Claude Renaud, affirmant que le budget d’une nouvelle entité cantonale aboutirait à un gain net final de quelque 111,1 millions de francs pour le canton du Jura et de 38,6 millions de francs pour le Jura bernois. Sous l’angle du développement durable, l’AIJ s’est adressée à des experts pour conclure que la création d’un nouveau canton aurait «un impact également positif», sauf en ce qui concerne les emplois communaux et cantonaux. Pour rappel, l’AIJ a été créée dans le but prioritaire de dégager «une solution politique à la Question jurassienne». Sur ce plan, il est dit que «vu la nature essentiellement politique et émotionnelle du dossier institutionnel interjurassien et sa complexité, ce serait faire preuve de fatuité que de produire une conclusion univoque et péremptoire». Finalement, «une véritable solution citoyenne et démocratique à la Question jurassienne» pourà la suite rait trouvée être «d’un débat démocratique ouvert et serein sur l’avenir de la communauté interjurassienne (...), c’est-à-dire un vote populaire». Dans un délai maximal de 18 mois, l’AIJ souhaite lancer «une phase d’information interactive à l’échelle interjurassienne», destinée aux «corps constitués, partis et diverses associations et au public au sens large». Elle formule aussi une proposition de charte interjurassienne, arrêtant les règles et les principes d’un dialogue politique mu par un «esprit de tolérance et de respect mutuel».

Cinq membres de l’AIJ, Annelise Vaucher, Sylvain Astier, Marc Früh et Claude Röthlisberger, pour le canton de Berne, ainsi que René Schaffter, pour le canton du Jura, se démarquent du rapport final en publiant un rapport de minorité. Les signataires déplorent que «le statut particulier du Jura bernois n'ait pratiquement pas été abordé», alors que «les citoyens du Jura bernois sont globalement satisfaits de la situation régnant actuellement dans la région». La minorité fait également état de «l’objectif unique et obsessionnel d’une réunification sans conditions». Le rapport complet de l’AIJ, le rapport de minorité ainsi que d’autres documents y relatifs peuvent être consultés sur le site http://www.aij.ch.

Quelle = Le Quotidien Jurassien, mardi, 5 mai 2009 ,p.4

DÉLÉGATION JURASSIENNE: Minoritaire, René Schaffter reste en accord avec ses idées

René Schaffter reconnaît que le travail de l’AIJ a permis d’ouvrir le dialogue.
Membre de la délégation jurassienne à l’AIJ depuis sa création, René Schaffter est le seul représentant de l’Etat jurassien à avoir signé le rapport de minorité, regrettant que l’AIJ n’ait pas davantage planché sur l’idée d’un statut particulier pour le Jura bernois.

«Le projet de créer un canton à six communes sera peut-être valable dans cinquante ans, mais, actuellement, c’est un projet utopique. Je pense que les Jurassiens comprendront mon choix. Je reste moi-même. Je suis d’abord un membre du groupe UDC de l’AIJ, avant d’être un membre de la délégation jurassienne», explique René Schaffter. Il reconnaît que cela l’embête un peu d’être dans la minorité, mais il préfère se savoir en accord avec ses idées.

«Pour que je fasse un choix différent, il aurait fallu que l’UDC ne soit pas systématiquement maltraitée depuis trente ans par le Jura libre et au Parlement. Je suis UDC et j’y tiens», continue le délégué jurassien. Il estime le délai de cinq à six ans fixé par l’AIJ pour que les Jurassiens se prononcent sur la réunification beaucoup trop court. A l’époque, le ministre Pierre Boillat disait qu’il fallait un UDC jurassien pour expliquer la nécessité du changement aux UDC probernois au sein de l’AIJ. «C’est vrai, mais l’UDC probernoise ne veut pas entendre parler de changement», constate René Schaffter. Il ne considère toutefois pas le travail de l’AIJ comme un échec, car il a permis d’ouvrir un dialogue interjurassien. «En 1994, on se regardait de travers de part et d’autre de la Roche-Saint-Jean. Aujourd’hui, on a appris à se connaître et les deux camps ont mis de l’eau dans leur vin», observe l’un des plus anciens membres de l’AIJ. Quant aux séances d’information interactives proposées par l’AIJ, René Schaffter y est favorable. «Mais on ne doit pas revivre ce qui s’est passé en 1974. Chacun est libre de ses opinions et j’ai bien peur que l’AIJ ne prêche que devant un parterre de convaincus», relève le membre, bien isolé, de la délégation jurassienne.

TB

Source = Le Quotidien Jurassien, mardi, 5 mai 2009, p.4

MOUTIER: Le MAJ reste serein et optimiste

GRG

Autonomistes et antiséparatistes se sont déplacés en nombre pour assister au débat de la RSR.
Le Mouvement autonomiste jurassien (MAJ) accueille les conclusions de l’AIJ avec satisfaction.
Il s’est réuni hier soir après avoir assisté en nombre à un débat animé par la Radio Suisse Romande.

Les militants autonomistes avaient plutôt la mine réjouie hier. Pour preuve, les Béliers se sont empressés de repeindre l’écusson jurassien à l’entrée des gorges de Moutier, effacé il y a quelques jours par les Sangliers.

A l’heure de communiquer la position officielle du MAJ aux militants, le secrétaire général Pierre-André Comte a salué les conclusions de l’AIJ et rappelé, sans surprise, qu’il privilégiait la piste d’un nouveau canton à six communes, qui «représente un intérêt économique, culturel et social déterminant pour la région». La piste dite du «statu quo+» a en revanche été accueillie beaucoup plus fraîchement, une option qui favoriserait «l’émergence d’une solution communaliste dont l’effet principal sera d’affaiblir mortellement la région dans le cadre institutionnel bernois».

Le MAJ se déclare serein et optimiste pour l’avenir et appelle de ses vœux une votation populaire. Après les discours, les militants se sont levés, se sont pris par la main et ont chanté l’inévitable Rauracienne, et clamé ensuite les traditionnels slogans autonomistes. L’ambiance était déjà au beau fixe peu avant, lors d’un débat animé par la Radio Suisse Romande dans un Momo’s bar plein à craquer. Les autonomistes n’ont pas manqué le rendez-vous et ont salué les interventions de Maxime Zuber et d’Elisabeth Baume-Schneider par des applaudissements nourris. Les militants antiséparatistes, moins nombreux, n’ont pas manqué non plus de se faire entendre, également dans un esprit cordial mais ferme.

Source = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai 2009, p.5

RÉACTIONS DE MEMBRES DE L’AIJ: «Le débat doit rester interjurassien»

GM/CLR

Plusieurs membres de l’AIJ se sont exprimés à titre personnel hier à Moutier. Extraits.

Jean-Marc Veya, prochain président de la délégation jurassienne et donc nouveau coprésident de l’AIJ: «C’est le résultat d’un long travail. L’AIJ doit pouvoir le présenter, le débat doit rester interjurassien. L’AIJ continuera de travailler en attendant la prise de position des gouvernements. Concernant les séances d’information interactives, ce serait bien que l’AIJ puisse les mener rapidement. Il s’agit d’informer objectivement sur nos études. L’AIJ est bien placée pour le faire.»

Annelise Vaucher, PBD, membre de la délégation du Jura bernois et de la minorité: «J’ai une profonde reconnaissance pour les propos tenus par Elisabeth Widmer-Schlumpf. Je pense que nous sommes un petit pays et que les frontières cantonales ne doivent pas avoir tant d’importance. Le dialogue doit contribuer à l’unité du pays. Un canton à six communes ? Il est déjà difficile de fusionner les communes, ce n’est pas encore fait. Dans un monde globalisé, les gens s’attachent aux petites choses. Au niveau économique, les fusions ne sont pas la panacée. On serait de toute façon assisté par la péréquation fédérale, ce qui apparaît aussi dans l’étude du professeur Jeanrenaud.»

Micheline Huguelet Cuixeres, membre autonomiste (PSA) de la délégation bernoise à l’AIJ: «J’ai été frappée par le dialogue et le respect mutuel qu’il y a à l’AIJ. Chacun est écouté, respecté. C’est cela que nous souhaitons faire partager à la population. Nous ne sommes pas d’accord sur un projet mais nous sommes tous d’accord que le statu quo n’est pas satisfaisant.»

Maryvonne Schindelholz, membre de la délégation jurassienne de l’AIJ depuis 15 ans: «Pendant ces quinze ans, j’ai vu que le dialogue et le respect n’étaient pas toujours évidents. J’en ai vu la fragilité durant ces dernières semaines, avec des pressions multiples. Mais on s’en est sorti, on a présenté notre rapport final. Le fonctionnement de l’AIJ, basé sur le dialogue, a permis d’aboutir au rapport. On donne des orientations, c’est aux gouvernements de prendre les décisions qui sont de leurs compétences. J’espère beaucoup qu’on aura le mandat d’informer.»

Walter von Kaenel, PRJB, membre de la délégation bernoise et président de la commission Institutions: «Ce rapport est le fruit d’un long chemin. Je suis satisfait qu’il n’ait pas été accepté «à la soviétique» et qu’il y ait eu un rapport de minorité. Cela prouve que le débat a bien eu lieu, en toute démocratie. Je suis convaincu que le rapport soumet des pistes conformes aux us et coutumes suisses. Nous avons amené des éléments nouveaux sur la table. J’ai confiance en l’ouverture du gouvernement bernois et je suis convaincu qu’un vote aura lieu. Cela va prendre du temps, mais laissons-nous surprendre positivement. La sagesse de nos mandants fera que par la politique des petits pas, on évitera les situations tendues. Pour l’AIJ, c’est mission accomplie. La balle est dans le camp des gouvernements!»

Source = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai 2009, p.5

DISTRICT DE BIENNE ET CONSEIL DES AFFAIRES FRANCOPHONES: «Il n’y aura pas de solution à la Question jurassienne sans tenir compte de Bienne, la plus grande ville bilingue de Suisse»

DO

Les Conseils municipaux de Bienne et d’Evilard ainsi que le Conseil des affaires francophones du district bilingue de Bienne (CAF) regrettent de ne pas avoir été associés aux travaux de l’AIJ, et cela malgré de réitérées requêtes. Maintenant que le rapport de l’Assemblée interjurassienne a été publié, ils demandent de pouvoir être intégrés à la suite des travaux.

Le maire de Bienne, Hans Stöckli, l’a clamé haut et fort: «Comme le Conseil municipal d’Evilard et le CAF, l’exécutif biennois mettra tout en œuvre pour faire entendre la voix du district de Bienne.» Il rappelle aussi, une fois encore, que la ville de Bienne ne peut exister qu’au sein d’une entité cantonale bilingue.

Au moment du rapport final, les deux communes et le CAF déclarent ensemble «souhaiter qu’un terme soit mis à l’éviction du district bilingue de Bienne de toute réflexion concernant l’avenir de la région». S’ils se sont abstenus jusqu’à présent de prendre position dans les débats autour des travaux de l’AIJ, ils ne peuvent «rester indifférents aux conséquences du choix que fera le Jura bernois».

Sans le Jura bernois, plus de bilinguisme?

Ils savent bien que le destin de la population francophone de Bienne et du canton est lié à celui du Jura bernois. Qu’adviendrait-il en effet si ce dernier se séparait du canton de Berne et si la minorité francophone ne se composait plus que des Biennois parlant français? Ce serait la mort du bilinguisme, avec toutes les conséquences qui en découleraient pour les Romands .

Les édiles biennois préconisent la poursuite de la réflexion sous l’égide de la Conférence tripartite, en privilégiant le dialogue qui permettra de faire entendre la voix de la communauté bilingue tout en préservant la cohésion régionale, les intérêts de la population germanophone devant aussi être pris en compte.

Ils invitent enfin à maintenir et à renforcer le bilinguisme du district et, partant, du canton de Berne, à préserver la cohésion cantonale tout en respectant les intérêts des francophones.

Source = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai 2009, p.5

MOUVEMENTS ANTISÉPARATISTES: Force démocratique et le Sanglier persistent et signent

LQJ/TB

«Nous sommes déterminés à veiller avec la plus grande attention au respect de la volonté démocratique d’inscrire notre région dans la continuité institutionnelle cantonale bernoise», assure Force démocratique dans un communiqué envoyé hier.

«Fondamentalement, le contenu du rapport de l’Assemblée interjurassienne (AIJ) ne correspond pas à la volonté politique clairement majoritaire de la population du Jura bernois de demeurer au sein du Canton de Berne», poursuit le mouvement antiséparatistes. Il continuera donc à militer en faveur du maintien des trois districts du Sud dans le giron bernois.

Dès lors, Force démocratique «rejette le rapport final de l’AIJ qui n’est pas en adéquation avec les aspirations de la région.» Il est toutefois «conscient de l’engagement des délégués à faire aboutir une étude d’envergure qui, toutefois, ne débouche pas sur les conclusions péremptoires que d’aucuns escomptaient.»

«Au contraire, écrit le mouvement, l’impuissance de l’AIJ à apporter une réponse convaincante aux problèmes qu’elle était censée résoudre prouve leur caractère spéculatif.

Force démocratique s’oppose donc à la phase d’information interactive préconisée par l’AIJ qui, selon elle, s’inscrit dans la stratégie d’annexion du Jura bernois. Le mouvement se déclare toutefois favorable à toutes les collaborations utiles avec l’ensemble des voisins du Jura bernois. «Attachée avant tout à la paix civile et soucieuse du développement économique», elle réaffirme son opposition à l’organisation d’un nouveau scrutin populaire portant sur les modifications territoriales.

«Le vent d’innovation n’a jamais soufflé»

«Le but de l’AIJ consistant à régler politiquement la Question jurassienne n’est pas atteint», constate pour sa part le Groupe Sanglier dans un communiqué transmis hier. Lui aussi refuse catégoriquement la phase d’information que l’AIJ veut entamer et demande la destitution de l’assemblée, son mandat devant revenir, selon lui, au Gouvernement bernois et au Conseil du Jura bernois.

«La dynamique d’annexionséparation n’a pas pu être dépassée et le vent d’innovation espéré n’aura jamais soufflé sur l’assemblée», écrit le Groupe sanglier. Il s’appuie donc logiquement sur le rapport de minorité et la lucidité de ses auteurs qui répond en dix pages «aux questions auxquelles l’AIJ a failli après quinze ans de travaux.»

Le mouvement antiséparatiste défendra donc le statu quo de manière énergique comme par le passé, «sans toutefois dépasser les limitées imposées par la loi.»

Source = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai 2009, p.5

PLR DU CANTON DE BERNE: Au Conseil-exécutif de dire quelle suite il donnera au rapport de l’AIJ

LQJ/TB

«La Question Jurassienne n’est en rien résolue!», déplore le Parti libéral-radical (PLR) du canton de Berne, après avoir pris connaissance du rapport de l’AIJ. Il regrette que celle-ci n’ait pas étudié la piste du statu quo et ne recommande aucune solution pour l’avenir. «L’AIJ se donne le mandat d’organiser des séances d’information. Or, c’est au Conseil-exécutif de décider quelle suite il entend réserver à ce rapport», écrit le PLR du canton de Berne dans un communiqué. Il y demande donc que le Conseil-exécutif transmette au plus vite ce rapport au Grand Conseil bernois, au Conseil des affaires francophones et au Conseil du Jura bernois pour prise de position. Il souligne enfin qu’il n’a perçu aucun signe qu’il y avait une majorité dans le Jura bernois qui souhaitait quitter l’ancien canton.

Source = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai 2009, p.5

UDC DU CANTON DE BERNE: Appui au Jura bernois et à un canton de Berne bilingue

LQJ/TB

L’UDC du canton de Berne prend acte du rapport final de l’Assemblée interjurassienne (AIJ) avec un regard critique et attend du Conseilexécutif bernois qu’il soutienne clairement et sans réserve le Jura bernois.

«Les décisions démocratiques, notamment celles des plébiscites de 1975, doivent être respectées», estime l’UDC dans un communiqué envoyé hier. Elle demande au Conseil-exécutif de s’engager pour le Jura bernois dans sa forme actuelle.

«Ce n’est que de cette manière que le canton de Berne demeurera bilingue et pourra continuer à remplir son rôle essentiel de pont entre les communautés linguistiques et culturelles», note l’UDC.

Source = Le Quotidien Jurassien, mardi 5 mai 2009, p.5

LE SOCIOLOGUE ULI WINDISCH ET LE RAPPORT DE L’ASSEMBLÉE INTERJURASSIENNE: L’identité collective naît par la pratique

GEORGES MAILLARD

Quel regard porte-t-on de l’extérieur sur le rapport institutionnel de l’Assemblée interjurassienne? Le Quotidien Jurassien a interrogé des personnalités extérieures à la région.
Uli Windisch, sociologue à l’Université de Genève, qui connaît bien la problématique jurassienne, jette aujourd’hui un regard à la fois sévère et positif sur le travail effectué par l’AIJ.

(Photo: C’est aussi la démocratie suisse qui est à l’œuvre dans le processus initié par l’Assemblée interjurassienne. Uli Windisch le relève dans son analyse.)

La solution, dit-il en substance, ne peut pas venir d’en haut, d’un «projet institutionnel», mais du travail commun qui s’effectue sur le terrain.

Uli Windisch analyse bien sûr les choses d’un point de vue sociologique. Il voit dans le processus en cours des «choses très positives qui relèvent de la personnalité politique de base suisse»:

– «Il y a d’abord une longue procédure de discussions, de négociations, où l’on consulte tous les acteurs. C’est un problème de dimension régionale mais qui suscite une immense mobilisation citoyenne: on veut consulter tout le monde, on discute longuement. C’est une démarche suisse qui se situe à l’inverse de ce qui se passe par exemple en France, pays centralisé où les choses se décident d’en haut: cela crée des blocages. Ici, il y a une volonté de consulter vraiment tout le monde, en prenant le temps qu’il faut. On sait que la démocratie est longue, pénible. Parfois, on voudrait aller plus vite, les politiques notamment.»

On tient compte de la plus petite région

Il y a aussi la caractéristique fédéraliste suisse, où la plus petite région en droit est prise en considération. Uli Windisch se réfère aux plébiscites en cascade des années 70, un processus qui a été critiqué, notamment par les autonomistes jurassiens: «Quoi qu’on en pense, c’est un profond respect de chaque collectivité.» Quand le Jura luttait pour son autonomie, on a trouvé une solution par la discussion. «Il faudra de mon point de vue appliquer la même démarche dans la question des deux Juras. Mais on voit bien qu’il y a des hostilités très fortes.»

Uli Windisch ajoute qu’«il ne faut pas comparer une votation sur un tel enjeu – faire partie d’un canton plus grand avec la peur d’être dominé par le Nord – avec une votation ordinaire».

La solution par la pratique

Cependant, la pratique montre que des évolutions sont possibles à la longue. «C’est une caractéristique de la personnalité suisse que d’arriver à la solution par la pratique, par la résolution de problèmes concrets. Or on constate que l’on collabore de plus en plus dans divers domaines, la santé, l’éducation, etc. Plus on va collaborer dans la vie quotidienne, plus on aura envie d’aller plus loin.»

D’ailleurs, même les Jurassiens du Nord évoluent. «Le fait que l’on veuille développer l’éducation bilingue dans le Jura alors que l’allemand était l’ennemi contre lequel on voulait se battre, ça, c’est extrêmement positif», juge Uli Windisch.

Les jeunes ont évolué

Le sociologue genevois s’intéresse également à l’évolution de la jeunesse. Même s’il y a encore de jeunes militants avec des drapeaux, la jeunesse d’aujourd’hui n’est plus la même. «Cette oppression qui existait et qui a fait que le Jura est devenu un canton n’existe plus puisque les jeunes ne se sentent plus oppressés. Les jeunes aujourd’hui veulent du travail et des loisirs. L’essentiel, aujourd’hui, c’est le développement économique, les jeunes veulent du travail. C’est le grand risque des régions périphériques: qu’elles se vident. C’est capital, bien plus important que de savoir ce qu’on va faire dans quinze ans.» Et de poursuivre:

– «Les jeunes ont une vision politique mais ce n’est pas celle d’il y a quarante ans. Les préoccupations sont différentes. Il faut prendre acte de ce que souhaitent les jeunes, voir pourquoi ils ne s’intéressent pas à ce que les vieux militants leur reprochent.»

Les jeunes sont mieux informés qu’il y a vingt ans, avec l’internet notamment, et pourtant, certaines choses qui étaient vitales pour leurs parents ne le sont plus, constate le sociologue.

La tentation de la nostalgie

Uli Windisch met en garde contre la «grande tentation de la nostalgie». «Il faut tout mettre en œuvre pour créer des collaborations au niveau économique, social plutôt que de voir les choses au niveau idéologico-politique.» A cet égard, il voit dans certains discours entendus ces jours, par exemple celui du maire de Moutier Maxime Zuber, précisément ce «discours nostalgique»: «Moutier pourrait partir si les deux autres districts s’opposent à une votation populaire. C’est mal parti si on dit ça. Il faut laisser tomber les préjugés, s’aimer, être respectueux. Cela fait sourire quand on le lit mais c’est bien de le dire. L’important est de faire des choses ensemble, c’est comme cela que naît une identité collective.»

Uli Windisch soulève un «dernier point capital». «Vous avez dans le canton de Berne un canton plurilingue. Une caractéristique de la Suisse est l’unité dans la diversité. Les cantons plurilingues sont extrêmement importants pour montrer qu’on peut vivre ensemble entre cultures et confessions différentes. Il faut éviter de retomber dans des idéologies monodimensionnelles.»

Source = LQJ mercredi 6 mai 2009, p.2-3


RENÉ FELBER ET LE RAPPORT DE L’AIJ: «L’important était d’aboutir»

CLR

Ancien conseiller fédéral mais aussi premier président de l’Assemblée interjurassienne (de 1994 à fin 1996), René Felber est sans doute l’une des personnes les mieux placées pour juger du chemin parcouru par l’AIJ pour qu’elle ait pu livrer enfin, lundi 4 mai, son rapport final sur l’avenir institutionnel du Jura et du Jura bernois.

«Il faut bien comprendre qu’au départ, les deux parties ne se parlaient pas», rappelle l’ancien conseiller fédéral. «On nous a demandé de mettre en route une institution avec 12 délégués bernois et 12 jurassiens qui ne se connaissaient pas et de trouver une solution au problème jurassien. L’une des premières tâches a été d’apprendre à se parler.»

En repensant à cette période, René Felber ne peut que se réjouir de la journée de lundi, qui a vu l’AIJ remettre à ses mandants un document dont la réalisation est le fruit de quinze années de rapprochement entre les deux régions.

«Ma première satisfaction est de constater que l’AIJ a abouti à quelque chose. Elle a fait des propositions. Qu’elles soient acceptées ou non, c’est secondaire. Il fallait aboutir. L’AIJ a en effet été créée pour trouver une solution politique au problème jurassien.»

Prendre le temps de réfléchir... ou pas

En tant qu’ancien conseiller fédéral modèle et ancien président tenu à la neutralité, pas question pourtant pour René Felber de prendre position pour l’une ou l’autre des pistes proposées. «Statu quo+ ou canton à six communes, c’est aux gouvernements de décider! Soit on décide qu’on reste comme l’on est, soit on prend le temps de réfléchir à un projet. Si le peuple se prononce, cela me paraît suffisant.»

Pour René Felber, la suite des événements dépendra de beaucoup de choses. «Les cantons doivent se concerter, décider s’ils veulent mettre quelque chose en route et si oui, selon quelle procédure. Du côté bernois, on évoque maintenant le problème de Bienne, quand bien même il n’a jamais été prévu de parler de ça au sein de l’AIJ», relève-t-il.

Quant au vœu émis par l’AIJ d’informer la population sur ses travaux, René Felber le voit d’un bon œil: «Certains pensent qu’un vote donnerait le même résultat qu’en 1974, mais ce n’est pas sûr. Il faut expliquer aux gens comment et pourquoi on est arrivé aux propositions de ce rapport».

Et de conclure: «Ce document permettra en tous les cas de discuter une nouvelle fois – j’espère sans se battre – et de déterminer quelle solution est souhaitable.»

Source = LQJ, mercredi 6 mai 2009, p.3


MARCEL BLANC ET LE RAPPORT DE L’AIJ:«Les gouvernements devraient être ambitieux et entrer en matière»

CLR

En tant qu’ancien membre de la commission Widmer (qui mènera à la naissance de l’accord du 25 mars 1994 et donc, à la création de l’AIJ), le Vaudois Marcel Blanc porte un regard attentif sur les travaux réalisés par l’Assemblée interjurassienne.

«L’AIJ a mené un travail intéressant. Ses propositions vont dans le sens de celles déjà esquissées en 1993 par la commission Widmer, puique nous préconisions une institutionnalisation du dialogue (ce qu’a concrétisé l’AIJ), puis, dans un second temps, une votation sur la création d’un canton unique», rappelle Marcel Blanc. «Nous avions juste été un peu plus directs, en fixant clairement des priorités.»

Le Vaudois constate cependant avec satisfaction que le contexte est plus propice aujourd’hui qu’il y a quinze ans pour mener à bien un projet de nouveau canton. «A l’époque, la situation était bien plus tendue. Certaines personnes ne voulaient même pas dialoguer.»

Il est ainsi convaincu que les propositions de l’AIJ aboutiront à du concret. «Malgré les difficultés que représente le projet de canton unique, je pense que les deux gouvernements devraient se montrer ambitieux et entrer en matière. En tout cas, le canton de Berne me semble plus ouvert qu’à l’époque.»

Le chemin est encore long

Marcel Blanc est conscient que le processus ne s’annonce pas facile. Il parle de la volonté du canton de Berne de tenir compte des francophones de Bienne, par exemple, problème qui n’a été abordé ni par la commission Widmer à l’époque, ni par l’AIJ. Il s’agira aussi de définir les modalités d’un éventuel scrutin. Et puis, il y a Moutier. «Si, lors du vote, une majorité de non se dégageait dans le Jura bernois mais pas à Moutier, on serait reparti pour un tour...»

De toute façon, pour Marcel Blanc, le nouveau canton, ce n’est pas pour demain. «Le statu quo va durer quelques années encore, mais il faut avoir le courage de préparer la suite.»

Quant à un canton de l’Arc jurassien, le Vaudois n’y croit pas trop. «Cela engendrerait d’autres frustrations. Les Neuchâtelois sont fiers de leur histoire. Je ne suis pas sûr qu’ils seraient prêts à unir leur destin avec celui des Jurassiens. Mais qui sait? En procédant par étapes, on y arrivera peut-être.»

Source = LQJ, mercredi 6 mai 2009, p.3


ASSEMBLÉE INTERJURASSIENNE:«Le Jura se retrouve pomme avec le bour»

Propos recueillis par CÉLINE LO RICCO CHATELAIN

Après la publication du rapport de l’AIJ, Le Quotidien Jurassien a demandé leur réaction à Claude-Alain Voiblet, Jean-Pierre Beuret et Jean-Jacques Schumacher.
Tous trois ont eu un lien soit avec l’AIJ, soit avec la signature de l’accord du 25 mars 1994.
Pour Jean-Pierre Beuret, le peuple devrait se prononcer directement sur un projet de Constitution. Claude-Alain Voiblet s’étonne quant à lui que le Jura se contente d’un projet irréalisable. Enfin, Jean-Jacques Schumacher espère simplement que l’on saura tirer le meilleur des propositions de l’AIJ.

Jean-Pierre Beuret, président du Gouvernement jurassien au moment de la signature de l’accord du 25 mars 1994: «J’estime que l’AIJ a été fidèle à sa mission. La porte était étroite, car il a fallu trouver des solutions tout en tenant compte des différentes sensibilités. Le fait que l’AIJ propose deux pistes prouve qu’on a su écouter les délégués du Jura bernois. Le grand défi auquel a été confronté l’AIJ se reflète d’ailleurs parfaitement dans les discours des deux coprésidents. Alors que les propos du Jurassien Hubert Ackermann étaient modérés, ceux du Bernois Claude Röthlisberger ont montré qu’il en était visiblement toujours à la période des plébiscites de 1975... Il faut pourtant maintenant évoluer vers un dialogue constructif, fondé sur des bases nouvelles.

Du côté des politiques, je déplore la frilosité du Gouvernement bernois, qui tente de remettre le dossier de Bienne sur le tapis, alors même que cette ville n’est pas concernée par les travaux de l’AIJ.

Pour l’avenir, si on veut privilégier la voie d’une réconciliation définitive, la prochaine étape devrait être la rédaction d’un projet de Constitution pour un Jura à six districts. Car s’il y a votation, les gens doivent savoir sur quoi ils se prononcent. En mettant en regard le statu quo et un projet de Constitution définissant ce que serait ce nouveau canton (au niveau des droits populaires, de la composition du parlement et du gouvernement, etc.), les gens sauraient à quoi ils s’engagent.

Quant à l’éventualité d’un canton de l’Arc jurassien, toutes les idées sont bonnes à prendre, mais cela signifierait que les Neuchâtelois devraient se préparer à une collaboration avec les Jurassiens. Et ça, c’est un autre problème.»

Claude-Alain Voiblet, premier coprésident de l’AIJ du côté de la délégation bernoise (1994-2001): «J’ai trouvé le travail de base de l’AIJ très bon et j’ai apprécié son analyse et sa volonté de construire une structure autre que ce qui existe déjà. Mais alors, je suis épaté que les acteurs politiques jurassiens se contentent d’une proposition, un canton à six communes, qui sera tout simplement vouée à l’échec par le seul paramètre des fusions de communes. Pour moi, le Jura s’est retrouvé pomme avec le bour sans s’en rendre compte! Proposer des fusions à une telle échelle était le meilleur moyen de faire un travail qui ne se concrétisera probablement jamais.

Je regrette par ailleurs que l’AIJ ne soit pas allée au terme de son raisonnement en proposant aux gouvernements non pas deux pistes, mais un projet politique fort (un nouveau canton, mais sans conditionner sa réalisation à des fusions de communes). Politiquement, on a eu peur.

Enfin, en ce qui me concerne, la solution d’un canton de l’Arc jurassien n’est pas plausible. Cette entité serait en effet dépourvue de pôle fort. La région entière a certes des intérêts culturels, sociaux et économiques communs, mais ce n’est pas suffisant. Je suis d’avis qu’il faut renforcer les collaborations à l’échelle de l’Arc jurassien, mais sans aller jusqu’à la création d’un seul canton. Il y a trop d’obstacles.»

Jean-Jacques Schumacher, premier secrétaire général de l’AIJ (de juin 1995 à février 2004): «Lors de la mise en place de l’AIJ, bien peu misaient sur sa pérennité. Beaucoup pensaient qu’aucune discussion sérieuse ne pourrait se concrétiser lorsque la question institutionnelle serait abordée. Le dépôt du rapport de l’AIJ en apporte, aujourd’hui, un démenti cinglant. Compte tenu des composantes des différentes délégations, le rapport ne pouvait prendre que la forme d’une marche à suivre plutôt qu’une solution unique à proposer. Le travail sérieux et méthodique des 24 commissaires contient une quantité d’analyses et de réflexions dont on espère qu’on saura en tirer le meilleur.

Lorsqu’on évoque l’AIJ, je regrette toujours que l’on ne mette pas suffisamment en lumière l’apport considérable de cette institution à la restauration d’un climat respirable dans nos régions. Non, seulement l’AIJ a atteint cet objectif, mais elle peut se prévaloir de nombreux succès dans la réalisation d’institutions communes. En petit nombre, certes, mais la piste est ouverte…

Dans les compétences du Conseil du Jura bernois (CJB), celui-ci est en mesure de traiter directement avec le Gouvernement jurassien lorsqu’il s’agit d’institutions communes. Depuis trois ans que le CJB existe, nos relations ont surtout pris l’allure de rencontres périodiques avec le Gouvernement jurassien. La nouvelle phase dans les relations transjurassiennes avec le dépôt du rapport de l’AIJ pourrait en augmenter considérablement le contenu.

A ce jour, les rapports directs entre le CJB et le canton du Jura se situent surtout au niveau administratif. On peut espérer que les gouvernements cantonaux donneront une impulsion nouvelle à ces relations.»

Source = LQJ, mercredi 6 mai 2009, p.5

RAPPORT FINAL DE L’AIJ: Au nord ou au sud de la roche Saint-Jean, les réactions divergent largement

ARNAUD BERNARDIN

Le rapport final de l’Assemblée interjurassienne ne pouvait que déclencher une avalanche de réactions aux inspirations les plus diverses. Les partis ou groupements du canton du Jura se positionnent et optent tous pour la piste la plus ambitieuse proposée par l’AIJ d’un canton à six communes regroupant les deux régions. De l’autre côté de la roche Saint-Jean, les avis se tournent résolument vers le statu quo+.

MIJ: «rapport presque final de l’AIJ»

Le Mouvement indépendantiste jurassien (MIJ) peut se targuer d’avoir émis la réaction la plus virulente à un rapport qualifié de «presque final». Le MIJ se dit «bien déçu de voir dans le rapport de l’AIJ, une fois de plus, un déni de justice et un accord consensuel de plus dans la longue litanie de la Question jurassienne». Le MIJ évoque un «nouveau détour dans la marche proposée, même si l’on aperçoit enfin une lueur d’espoir de voir le peuple jurassien se prononcer sur sa réunification.»

Dans sa réaction, le MIJ «espère que le Gouvernement jurassien parviendra à organiser rapidement et conjointement avec le Conseil d’Etat bernois un référendum sur un projet de nouvel Etat». Il constate aussi «qu’il faudra bien donner un jour la parole au peuple et refuse de se voir imposer un non-débat». Enfin, il revient sur les déclarations de lundi d’Eveline Widmer-Schlumpf, la conseillère fédérale ayant parlé de «problèmes autrement plus graves pour la planète», mais n’ayant aux yeux du MIJ «aucune influence sur le besoin de retrouver l’unité du peuple jurassien».

Socialistes bernois: «pour le statu quo»

Les partis socialistes bernois (PSB), du Jura bernois (PSJB) et romand de Bienne (PSR) livrent une analyse commune plus réservée. Ils se prononcent en faveur de la piste du statu quo+. Selon les socialistes bernois, cette solution garantit le mieux le développement régional et la collaboration pacifique dans l’Arc jurassien. «Il appartient en priorité à la population du Jura bernois de s’exprimer quant aux conclusions du rapport de l’AIJ», estiment-ils.

En empruntant cette voie, le PSB, le PSJB et le PSR souhaitent en outre «favoriser le maintien de la paix, respecter les valeurs socialistes telles que les emplois, la formation, la sécurité sociale, la santé, la culture et la protection de l’environnement, assurer le développement économique du Jura bernois au sein d’un canton d’un million d’habitants». Il est aussi fait allusion au «rôle de la ville de Bienne et de ses habitants francophones» et à «une ouverture vers l’étude d’un ensemble régional transfrontalier». Le PSJB juge opportun de «faire de la frontière des langues, toute proche, un atout plutôt qu’un frein au développement du Jura bernois».

Groupe Bélier: «faire avancer la cause»

S’exprimant au nom du groupe Bélier, Marc Freléchoux a assuré «avoir accueilli favorablement le rapport final de l’AIJ, sans toutefois sombrer dans le triomphalisme». «Il ne faudra pas laisser retomber le soufflé», avertit le président du Bélier. Selon lui, l’idée d’entrer dans une phase d’information interactive se veut constructive, «pour autant qu’elle fasse avancer la cause». Marc Freléchoux affirme également que le Bélier souscrira aux principes de la Charte interjurassienne proposée par l’AIJ et fixant les règles éthiques pour un débat respectueux et tolérant. «S’il devait y avoir des débordements, ils ne seront pas le fait du Bélier», conclut-il.

RJ-UJ: «reconstituer l’unité du Jura»

«Le statu quo+ ne règle en rien la Question jurassienne», assure le Mouvement autonomiste jurassien. Le RJ-UJ «souscrit pleinement, et cela va de soi, à l’organisation d’un scrutin populaire sur le projet d’avenir que souhaitent se donner les deux régions en toute connaissance de cause». «Un tel recours à la sanction populaire constitue le corps de doctrine permanent sur lequel les autonomistes fondent leur volonté légitime d’œuvrer à la reconstitution de l’unité du Jura», ajoute le RJ-UJ. Dans son commentaire final, le mouvement autonomiste stipule qu’il «entend donner un maximum de chances à la piste d’un nouveau canton à six communes».

PCSI Jura: «une première depuis le 23 juin 1974»

Le PCSI Jura «salue l’énorme travail réalisé par l’AIJ et dit avoir accueilli favorablement son rapport final», dont il souligne «le sérieux et l’impartialité». Selon les chrétiens-sociaux indépendants jurassiens, «le fait qu’un tel rapport ait été approuvé par la majorité des délégations du Jura bernois et du Jura est extrêmement réjouissant. Le PCSI remarque aussi «avec une certaine émotion, que les deux régions, par leur délégation, se prononcent positivement sur des projets de nouvelles institutions pour la première fois depuis le 23 juin 1974».

Au sein du PCSI, des militants font toutefois part «d’une certaine déception» à la lecture du rapport et surtout des deux pistes proposées par l’AIJ. «Il ressort clairement du document que la solution dite du statu quo+ n’est pas susceptible à terme de servir au mieux les intérêts de la communauté interjurassienne des six districts», commente la section jurassienne. Selon elle, «une entente préalable entre les deux parties du Jura paraît raisonnable avant d’explorer des perspectives plus larges comme l’ouverture à l’Arc jurassien».

PBD: «incidences financières supposées positives»

Le Parti bourgeois démocrate du canton de Berne (PBD) se prononce en faveur du Jura bernois. Il estime qu’il est «inopportun de remettre la Question jurassienne sur le tapis». Il refuse aussi l’idée de voir «Bienne isolée dans un canton purement alémanique» alors que «le bilinguisme constitue une compétence clé du canton de Berne».

Le PBD remet enfin en question certains points du rapport final de l’AIJ, «notamment les incidences financières, supposées positives pour les communes du Jura bernois, d’un rattachement au canton du Jura».

Source = LQJ, mercredi 6 mai 2009, p.5


JEAN-LOUIS BERBERAT: Génération combattant

JACQUES CHAPATTE

(Photo:Jean-Louis Berberat, délégué jurassien à l’Assemblée interjurassienne: «Si on m’avait dit que j’accepterais ce rapport dans les années 1970, je ne l’aurais pas cru.»)

Les angles parfois «cassants» du jeune militant se sont arrondis avec les années. Il pose aujourd’hui un regard pragmatique sur le rapport de l’Assemblée interjurassienne (AIJ) remis lundi à ses mandants.
Il s’est dressé une première fois pour s’opposer à un projet militaire aux Franches-Montagnes au début des années 1960. Il ne s’est depuis jamais recouché.
Venu presque par hasard à la politique, Jean-Louis Berberat, de Lajoux, a fait de son engagement pour la chose publique sa vie.

L’histoire d’une vie de mèche avec la grande Histoire. Le déclencheur: le projet de Berne, au début des années 1960, d’installer dans les pâturages francs-montagnards une place d’armes pour blindés. «Administrateur à la commune de Lajoux, j’étais directement concerné par la défense de nos intérêts», se lance Jean-Louis Berberat, content de parler du passé, plus tard des autres, pour éviter de parler de lui. Altruisme et pudeur expliquent en partie pourquoi cet homme, pour qui les rouages du pouvoir n’ont de secret, reste discret sur la place publique. Il a néanmoins accueilli mardi dernier à sa table un journaliste venu rencontrer l’homme, à la lumière de l’événement politique, le rapport final de l’AIJ.

On revient au début des années 1960. Le combat jurassien prend une dimension antimilitariste. Jean-Louis Berberat s’engage parmi les Militants francs-montagnards. «On combattait aussi l’appropriation des fermes en mains alémaniques pour en faire des résidences secondaires.»

Frondeur-rigoleur

Son engagement pour la défense des intérêts régionaux se confirme au sein du Rassemblement jurassien (RJ), puis, comme «90% des jeunes», il signe au Bélier.

En 1961, en entamant son apprentissage d’employé de commerce à la Banque Cantonale de Berne à Tramelan, il met un pied dans la fosse bernoise. Bien loin de se faire embrigader. «Au bureau, la Question jurassienne n’était pas taboue», se souvient-il. Son chef direct, Marc Beuret, comptait parmi les indépendantistes du front. Un rire saccadé ponctue les anecdotes qui lui reviennent à l’esprit: son côté frondeur-rigoleur derrière des airs faussement renfrognés.

C’est peut-être dans le terreau noir ajoulot qu’il faut chercher cette fibre qui en fera plus qu’un militant. «Enfant, j’allais en vacances dans la famille de ma mère en Ajoie, des Cramatte de Courtemaîche», explique-t-il. «Il n’y a rien de tel pour comprendre le fonctionnement politique: la moitié du village seulement venait faire ses courses dans l’épicerie de mon grand-père», les démocrates-chrétiens. Parti qu’il rejoint en 1970, pour «remplir» une «liste de néophytes», engagés dans la course au Grand Conseil bernois. Sans y croire, il devient «pour cinq suffrages» député bernois (du district de Moutier) de 1970 à 1977. «Il s’agissait de définir la mise en place du scrutin populaire pour la création du canton.»

Il voit dans ce coin de terre au sud-est des Franches-Montagnes qui l’a vu grandir – «carrefour des territoires» – une autre prédisposition à l’engagement politique. Hormis une infidélité fugace faite à son village – il s’installe deux ans aux Breuleux après son mariage avec Danièle Willemin en 1967 –, Jean-Louis Berberat est et restera bourgeois de Lajoux.

Au moment de l’Assemblée constituante jurassienne, sa trajectoire croise celles des ténors du futur canton qui arrivent sur le devant de la scène. «Avec quatre enfants, j’ai fait le choix de la famille», dira-t-il, sans autre ambition à ce moment que de s’engager à la rédaction de la Constitution de l’Eglise au sein de la Collectivité ecclésiastique catholique (CEC).

Caissier communal désavoué par ses concitoyens en assemblée qui lui refusent le budget à deux reprises pour une esbroufe politico-politicienne après vingt ans de service, il opère en 1988 une volte-face et quitte l’administration communale pour passer les quatorze dernières années de son activité professionnelle comme taxateur cantonal aux impôts. Fonctionnaire d’Etat, il met temporairement ses engagements politiques entre parenthèses, qu’il retrouve douze ans plus tard, alors jeune retraité de 58 ans.

Battre le pavé, une nouvelle fois

Depuis 2001, Jean-Louis Berberat représente les Franches-Montagnes au sein de la délégation jurassienne de l’AIJ. En 2003, il gagne l’hémicycle du législatif jurassien. Après quinze ans de travaux, l’AIJ, mandatée pour trouver une solution politique au conflit jurassien, a remis lundi ses conclusions au Conseil fédéral et aux Gouvernements jurassien et bernois. La boucle est bouclée?

L’histoire de la Question jurassienne est loin d’être achevée. La sienne non plus. Prêt à rentrer dans le rang «d’ici deux à trois ans», il veut encore «profiter de la vie», guère rancunier face à celle qui lui a laissé des blessures profondes. Son épouse est emportée par la maladie voilà quatorze ans. Tel un péripatéticien, la marche est sa façon d’aborder son pays et sa population. Il espère aussi continuer à accompagner – comme il le fait souvent – ses enfants et petitsenfants au stade de foot. Aux côtés de Micheline, sa nouvelle compagne, il renvoie aujourd’hui l’image d’un patriarche serein.

Avant cela, Jean-Louis Berberat devra une nouvelle fois battre le pavé, le rapport de l’AIJ en bandoulière. Il ne se fait pas d’illusion sur son impact: «L’accueil risque d’être mitigé.» S’attend à ce que les gens reprennent la vieille scie «du beaucoup d’argent et de temps perdu». Pourtant, il se dit «tranquille d’avoir fait le travail au plus près de sa conscience», avec tout de même un pincement: «Si on m’avait dit que j’accepterais ce rapport dans les années 1970, je ne l’aurais pas cru. On a dû faire beaucoup de concessions.» L’écueil de la double majorité. «Pour la délégation jurassienne, il est clair que la piste des six communes représente la seule solution.» Celle du Statu quo+ est une «alternative pour le Jura bernois».

Le Jura n’est pas Zoug

Les gouvernements des deux cantons décideront de l’opportunité d’un nouveau référendum populaire. «Si l’on vote dans un avenir trop proche, ce sera vraisemblablement un non. Les années peuvent changer la donne», croitil, en tempérant: «Toute la question est de savoir quelle garantie financière nous pouvons amener au Jura bernois.» «Si le Jura était Zoug, la question serait réglée en six mois», conclut-il. Le canton du Jura et lui n’auraient pas eu même la même destinée, nourrie de combats, de solidarité et d’utopie.


Bio Express

8 juin 1944 : naissance à Delémont.

1968 : s’engage au Rassemblement jurassien (RJ)

1970 : adhère au Parti démocrate-chrétien (PDC).

1970-1977 : député au Grand Conseil bernois.

1989-1996 : maire de Lajoux.

2001: entre à l’Assemblée interjurassienne (AIJ)

DÈS 2003 : siège au Parlement jurassien.


Source = LQJ, mercredi 6 mai 2009, p.11

RAPPORT DE L’ASSEMBLÉE INTERJURASSIENNE: La presse suisse évoque la prudence

ATS

(Photo:La présentation du rapport de l’AIJ a été très suivie lundi à Moutier.)

Au lendemain de la présentation du rapport sur la Question jurassienne, la presse suisse souligne la prudence du document de l’Assembléeinterjurassienne (AIJ).
Plusieurs journaux constatent l’absence d’une vraie solution et que la route sera encore longue pour en trouver une.

«Prudence», «prudent» ou «prudemment»: ces mots reviennent le plus souvent dans les quotidiens, notamment ceux des cantons concernés. Le Journal du Jura évoque en titre de son éditorial «l’exercice d’équilibrisme de l’AIJ». Elle «n’a pas trouvé de solution miracle susceptible de régler la Question jurassienne», note le journal.

Un rapport aux «accents consensuels» où «tout est dit prudemment», écrit encore son éditorialiste. «La balle est dans le camp des gouvernements bernois et jurassien», conclut-il notamment. Le journal bernois Bund constate aussi – «sans surprise» – qu’«aucune solution innovante et définitive» n’a été trouvée. Le Bund espère que le dialogue va se poursuivre le plus pacifiquement possible jusqu’à une future votation du peuple. A l’instar de ces trois quotidiens, d’autres journaux suisses estiment qu’une votation populaire reste la seule voie démocratiquement praticable.

Ils sont aussi plusieurs à penser que «le statu quo ne saurait être une option», comme l’écrivent la Tribune de Genève et 24 heures, et qu’un coup de pouce du Conseil fédéral est par ailleurs nécessaire.

«Sans jouer les marieuses, Eveline Widmer-Schlumpf doit mettre les concubins en face de leurs responsabilités pour que les disputes familiales cessent enfin», notent la Tribune de Genève et 24 heures dans un commentaire commun.

Arc jurassien, supercanton

Le Temps voit plus loin et plus large: «le projet de créer un canton de 120 000 habitants peut apparaître dérisoire. A moins qu’il ne constitue une première étape, nécessaire, avant de voir plus large, à l’échelle de l’Arc jurassien.»

L’éditorial commun de L’Express et de L’Impartial lui emboîte le pas et rêve d’un canton «avec 290 000 habitants regroupant Neuchâtel, le Jura et le Jura bernois». Et d’avertir: «La Suisse romande n’échappera pas à une réflexion sur ses structures politiques».

De son côté, la Neue Zürcher Zeitung estime surtout que c’est la patience qui sera de mise. La NZZ pense qu’audelà de la poursuite du dialogue interjurassien, il faudra aussi attendre un changement générationnel supplémentaire pour rapprocher les deux régions.

Pas prêts à dire oui au Jura

La Basler Zeitung et la Südostschweiz remarquent ce que d’autres médias sous-entendent aussi: les habitants du Jura bernois ne sont pas prêts de dire oui à ceux du Jura, les premiers n’étant pas mécontents en tant que minorité avec leur statut spécial dans le canton de Berne.

La Berner Zeitung fait le même constat, soulignant en outre que les émotions sont retombées avec le temps.

Source = LQJ, mercredi 6 mai 2009, p.19

COMMENTAIRE - AIJ: il faut du temps en suffisance

Georges Maillard

Un nouveau canton du Jura rassemblant les deux Juras actuels? Un supercanton de l’Arc jurassien? L’Assemblée interjurassienne a ouvert le débat institutionnel, selon la volonté de ses mandants, les Gouvernements bernois et jurassien. De l’avis général, c’est un travail de qualité qui a été fourni, même si certaines conclusions ont été contestées. Ce travail se heurte toutefois au problème que représente sa transmission à ceux qui pourraient avoir à se prononcer, les citoyennes et citoyens des deux régions et en particulier du Jura bernois.

Parler de changements institutionnels, de la création d’un nouveau canton est évidemment ardu auprès de tout un chacun. Il faut recréer pour beaucoup un nouvel intérêt pour la politique dont on se demande souvent pour qui elle travaille. La région interjurassienne se bat pour exister, se développer, qu’il s’agisse de sa partie méridionale ou septentrionale. Ce sont ces efforts qui intéressent la population et particulièrement les jeunes. Quels loisirs, quels emplois auront-ils demain ici? Et quelle entité institutionnelle est à même d’apporter les meilleures réponses?

L’AIJ et son fonctionnement modèle, reconnu même par le coprésident et membre de la minorité contestatrice, Claude Röthlisberger, est le résultat de quinze ans de travail. Manifestement, les acteurs de l’AIJ prennent plaisir à se retrouver, malgré leurs divergences, et à «boire le verre de l’amitié». Voir un antiséparatiste farouche saluer amicalement une déléguée autonomiste marquée par son passé militant, c’est déjà un acquis formidable. Mais cela ne suffit pas. Un écueil de l’AIJ réside d’ailleurs là: à force d’avoir vécu en vase clos, elle n’a pas transmis cet état d’esprit autant qu’il l’aurait fallu. D’où ce fort désir d’informer, une opération qui nécessitera du temps, ce temps que les gouvernements, pressés, ne lui donneront peut-être pas en suffisance. Pourtant, l’avenir de la région, son développement, méritent un vrai débat, qui seul peut ouvrir des portes.

Source = LQJ, jeudi 7 mai 2009, p.1


APRÈS LE RAPPORT DE L’ASSEMBLÉE INTERJURASSIENNE: Un «supercanton» de l’Arc jurassien donnerait un signal fort

Propos recueillis par GEORGES MAILLARD


Nouveaux regards aujourd’hui sur la problématique interjurassienne avec Christophe Koller et JeanFrançois Aubert.
Tous deux jugent positivement le travail de l’Assemblée interjurassienne et ses propositions.
Ils n’en émettent pas moins des doutes et cherchent à voir plus loin. Un canton de l’Arc jurassien avec Bienne pour capitale? Christophe Koller évoque cette idée audacieuse.

(Photo: Et si l’on faisait de Bienne la capitale d’un grand canton de l’Arc jurassien? Christophe Koller, chef de projet à l’Institut de hautes études en administration publique, verrait là les bases d’un nouveau canton fort.)


Christophe Koller est chef de projet à l’IDHEAP (Institut de hautes études en administration publique) et responsable de la BADAC (Base de données des cantons et de villes suisses; www.badac.ch). Il a publié de nombreuses études sur les administrations cantonales et le fonctionnement du fédéralisme en Suisse. Sa thèse de doctorat, portant sur l’histoire économique et sociale de la région horlogère, a été publiée aux Editions Communication jurassienne et européenne en 2003. Il est donc bien placé pour analyser les projets institutionnels actuellement formulés pour la région interjurassienne, voire l’Arc jurassien.

Le Quotidien Jurassien.– Un canton du Jura comprenant les six districts francophones du «Jura historique» a-t-il aujourd’hui un sens?

Christophe Koller: – D’un point de vue politico-administratif, certainement. Par contre, au niveau économique et même social, ce retour au «Jura historique» ne va pas changer grand-chose pour la population qui a d’ailleurs énormément gagné en mobilité depuis 1974. A mon avis, et ce constat n’est pas nouveau, le risque de cette solution à six districts est l’absence de villecentre, d’où des logiques centrifuges permanentes et un risque récurrent d’écartèlement, voire d’éclatement du «Jura historique». Il faut dire que trois villes différentes jouent déjà un rôle (de) capital(es) pour les Jurassiens: Bâle pour les districts de Delémont et Porrentruy, Bienne pour Courtelary et La Neuveville et La Chaux-de-Fonds pour les Franches-Montagnes. Dès lors, j’ai l’impression que Moutier (ville industrielle de 7500 habitants) n’a pas vraiment le format pour devenir capitale, d’autant plus que tout serait à construire, ce qui ne va pas vraiment dans le sens des économies escomptées...

L’étude institutionnelle de l’AIJ a-t-elle été bien conduite du point de vue du spécialiste que vous êtes?

– Oui, je pense qu’il était difficile de faire beaucoup mieux vu les crispations de départ. On a affaire ici à un travail complexe, humainement exigeant, pour arriver à dépassionner la Question jurassienne et chercher des solutions concrètes à des problèmes dont l’origine remonte à une période antérieure à 1815. La consultation a été exceptionnellement large: condition sine qua non pour atteindre le consensus actuellement présenté par l’AIJ dans le cadre de son mandat.

Quelles sont ses lacunes?

– La dimension politico-administrative me semble avoir été sous-évaluée, en partant de l’idée (à la mode) qu’on allait simplement réaliser des économies d’échelle en diminuant le poids des administrations et la taille du Parlement. Or, il n’est pas sûr qu’un «Etat svelte» soit forcément la meilleure réponse pour une zone frontière et industrielle, surtout en période de crise. D’autre part, les potentiels de renforcement de la coopération, aussi via les conférences (régionales) et les concordats intercantonaux, avec les deux Bâle, Bienne, Neuchâtel, Soleure et la Franche-Comté ne sont pas assez abordés comme solutions alternatives et transitoires.


Quels sont ses points forts?

– Le rapport final propose des solutions concrètes et claires qui confirment d’ailleurs une volonté populaire, majoritairement exprimée au niveau des six districts au début des années 1970! La transformation des districts en communes pourrait faire des émules et représente une des alternatives intéressantes, dépassant par là même une logique officielle trop focalisée sur les fusions de communes.

Le rapport met aussi l’index sur l’importance du rôle pivot joué par le canton de Berne entre la Suisse alémanique et la Suisse romande. Cette pratique assure aussi la stabilité et par là-même la réussite du modèle suisse. Si ce rôle de pont venait à disparaître, risquant aussi d’affaiblir la capitale fédérale, il faudrait trouver une alternative judicieuse pour le remplacer.

Quelles seraient les meilleures perspectives pour la région?

– Il va de soit qu’un «supercanton» de l’Arc jurassien constituerait une solution attrayante et qui donnerait un signal fort pour le reste de la Suisse. A mon avis, afin de donner encore davantage de force à cette région à dominante horlogère et microtechnique, à cheval entre les cultures, il conviendrait de proposer Bienne comme capitale et même de voir si Soleure n’accepterait pas d’intégrer cet ensemble. Ce nouveau «supercanton» (interjurassien), jouissant d’une homogénéité certaine, aurait ainsi pratiquement autant de poids que Genève ou l’Argovie, ce qui renforcerait singulièrement la place économique de la Suisse du Nord-Ouest, créant par làmême les bases d’un troisième pôle économique, bilingue, avec Bâle, Berne et Fribourg, situé à mi-chemin entre l’agglomération zurichoise et l’Arc lémanique.

Un grand canton de l’Arc jurassien ne nécessiterait-il pas également une refonte du fédéralisme suisse, avec en particulier un redécoupage des frontières cantonales à l’échelle du pays?

– Oui, il faudrait sans aucun doute réformer une partie du système, mais tout en gardant les principes de base de la Constitution fédérale qui garantissent le juste équilibre et le respect des minorités. Avec Soleure, on aurait ainsi deux cantons de moins, passant de 26 à 24, ouvrant la voie à d’autres regroupements possibles (p. ex. Genève-Vaud) ou alors suggérés par un regroupement territorial au niveau des sept grandes régions homogènes mises en place pour EUROSTAT: Région lémanique (GE, VD, VS); Espace Mittelland (BE, FR, JU, NE); Suisse du Nord-Ouest (AG, BS, BL, SO); Zurich; Suisse orientale; Suisse centrale.

Une telle perspective n’est-elle pas utopique dans le contexte actuel et proche?

– Pas forcément. Cela dépendra du rôle des élites et surtout de la volonté des autorités politiques au niveau des cantons concernés, mais aussi de la Confédération. Les derniers sondages semblent d’ailleurs indiquer que les mentalités ont beaucoup changé et que la population est peut-être bien plus ouverte aux réformes institutionnelles qu’on ne le pense communément.

Source = LQJ, jeudi 7 mai 2009, p.2-3

JEAN-FRANÇOIS AUBERT, ANCIEN PROFESSEUR ET ÉLU FÉDÉRAL: Un rapport plutôt économique

GM

Ancien professeur de droit constitutionnel et consultant à ce titre de l’Assemblée interjurassienne, Jean-François Aubert est aussi intéressé par le rapport de l’AIJ en tant que voisin neuchâtelois.

Le Quotidien Jurassien. – Un canton du Jura comprenant les six districts francophones du «Jura historique» a-t-il aujourd’hui un sens?

Jean-François Aubert: – Certainement, la Constitution fédérale permet, à certaines conditions, la réunion de cantons. Alors pourquoi pas du côté du Jura, un canton du Jura à six districts ou peut-être à six communes? La transformation des districts en communes aurait même un certain intérêt: avec une population moyenne de 20000 habitants les communes jurassiennes seraient plus fortes. Ma réponse est donc oui, un canton du Jura francophone aurait un sens, mais ce sera difficile d’y arriver.

Ce qui caractérise le rapport, c’est qu’il présente un choix entre deux termes, le Statu quo+, qui est plutôt d’ordre contractuel, et le canton à six communes, d’ordre institutionnel. Mais on sait ce que cela signifie: le canton à six communes plaira aux Jurassiens, le Statu quo+ aux Jurassiens bernois. On le sait depuis longtemps et cela va continuer. Ce qu’il faudrait étudier, c’est pourquoi les Jurassiens bernois ont une telle répugnance à rejoindre le Jura.

La principale lacune du rapport de l’AIJ?

- Le rapport est bien fait. Mais il est plus économique que politique. Or l’économie ne fait pas avancer la question d’un pas pour l’instant. On ne crée pas un canton par l’économie, il y faut un souffle politique, une inspiration. Le rapport ne pouvait pas l’inventer. On sent que les rédacteurs penchent pour un canton à six communes. Pourquoi pas ? Mais ils risquent de ne pas convaincre l’un des principaux intéressés.

Comment voyez-vous l’organisation d’une nouvelle consultation démocratique sur l’avenir de la région, Jura bernois et canton du Jura ?

– Je crois qu’on a proposé dans le rapport une série de discussions publiques pendant une année et demie. Je pense que c’est une bonne proposition. Cela peut faire naître, de part et d’autre, des idées que l’on n’a pas encore eues. Et permettre de savoir où le bât blesse pour les Jurassiens bernois. On le sait plus ou moins mais on l’entendra clairement. Il y a peut-être des idées fausses à la base de tout cela.

J’ai cru pendant longtemps que l’identité de la langue finirait par l’emporter sur la diversité des confessions. Mais je crois que c’est plus profond que cela, cela touche aussi l’histoire, qui est marquée par la division depuis cinq siècles. Cinq cents ans, cela compte. Bien sûr, cette division a été renforcée par la divergence des confessions, mais il n’y a pas que cela. Le JuraNord était plus près de ce qu’était l’Empire germanique, tandis que le Sud se rapprochait du canton de Berne. Cela pèse. L’unité a peut-être existé il y a mille ans, il y a longtemps qu’elle n’existe plus. Cinq cents ans, cela se compense lentement. Je pensais que cela irait plus vite, qu’à la fin du siècle les Jurassiens bernois reconsidéreraient leur position. Cela ne semble pas être le cas.

La création d’un canton de l’Arc jurassien est-elle pertinente? Possible?

– C’est tout à fait possible. Toutefois, il faudra aussi faire évoluer les Neuchâtelois et peutêtre les Vaudois. Mais ces fusions de cantons – il s’agirait de cela –, je les regarde avec une certaine méfiance. Si les cantons romands commencent à fusionner, les cantons alémaniques pourront le faire aussi et ils seront plus forts que nous. J’apprends que de bons esprits voudraient constituer la Romandie en une unité, mais qu’est-ce qu’il y aura en face? Deux ou trois blocs plus forts. La division a aussi son intérêt. Vingt-six cantons sont un meilleur gage d’équilibre qu’un petit nombre de blocs.

Comment faudrait-il procéder? Faut-il en particulier commencer par créer un grand canton du Jura?

Il faudrait, pour commencer, que le Jura bernois se détache du canton de Berne. Il faut commencer par cela et c’est ce qui est difficile. J’attends beaucoup des discussions publiques, district par district. Le mandat d’informer est un mandat intelligent. Mais il faut un climat de confiance pour cela. Il y a de belles phrases sur le respect de l’autre partie, c’est un immense progrès. Maintenant, les acteurs se respectent, ce n’était pas le cas il y a vingt ans.

Source = LQJ, jeudi 7 mai, p.3

GROUPE BÉLIER ET AIJ: Supercanton pas d’actualité

LQJ/TB

Pour le Groupe Bélier, l’idée d’un supercanton formé du Jura, du Jura-Sud et du canton de Neuchâtel, n’est pas d’actualité. «Mêler les Neuchâtelois complexifierait fortement la situation actuelle, d’autant plus que Neuchâtel n’a pas la même histoire que le Jura», écrit le mouvement de jeunes autonomistes, dans un communiqué rappelant que le plus important reste de régler définitivement la Question jurassienne.

A la vue du rapport de l’Assemblée interjurassienne (AIJ), le Bélier estime que la solution d’un Jura à six communes s’impose face à celle du Statu quo+.

Il regrette que l’AIJ n’ait pas eu le courage de se positionner pour une des deux pistes. «Le projet des six communes semble bien plus tourné vers l’avenir et sa capacité de sortir la région de son marasme bien plus grande que celle du Statut quo+. Ce dernier sera cependant un bon outil de travail pour la suite», relève-t-il.

Il compte sur les Gouvernements bernois et jurassien pour qu’une consultation de la population soit organisée dans les plus brefs délais. Il attend également de l’exécutif jurassien que la loi «Un seul Jura» entre en force dans son processus de partage de souveraineté.

Quant au regain de violence redouté par les mouvements antiséparatistes en cas de consultation populaire, le Groupe Bélier assure qu’il ne tient d’ailleurs pas à ce que ce climat de dialogue se détériore.

Source = LQJ, vendredi 8 mai 2009, p.5

PLR DU JURA BERNOIS ET AIJ: Parti confiant en l’avenir

LQJ/TB

Le comité du Parti libéral-radical du Jura bernois (PLR) salue dans un communiqué le travail effectué par l’Assemblée interjurassienne (AIJ). Il la soutient dans son objectif de créer un espace toujours plus propice au dialogue, car, jusqu’à la décision définitive du Conseil-exécutif bernois, l’AIJ va s’engager pour maintenir le dialogue et pour développer une Charte interjurassienne garante du respect mutuel que se doivent tous les acteurs du débat politique dans notre région.

Le PLR Jura bernois et ses élus vont suivre avec une attention soutenue la suite de la procédure. Ils veilleront à ce que les intérêts et la volonté majoritaire des concitoyens soient respectés et s’engageront pour que leur région et sa population ne subissent aucun préjudice susceptible de les affaiblir ou d’entraver leur développement. «Seule la variante consistant en la création d’un nouveau canton nécessite un vote populaire. La variante visant à améliorer notre statut particulier ne nous oblige pas à voter. Les craintes exprimées par certaines personnesm quant à une consultation rapide du peuple ne sont donc pas justifiées», termine le communiqué.

Source = LQJ, vendredi 8 mai 2009, p.5

QUESTION JURASSIENNE: Une histoire peu connue qui peine à intéresser la jeunesse jurassienne

GREGOIRE GOGNIAT

(PHOTO: Béliers et Sangliers ont suivi lundi côte à côte, dans le calme et la bonne humeur, le débat sur la Question jurassienne animé par la Radio Suisse romande.)

La Question jurassienne, débattue depuis plus d’un demi-siècle, intéresse de moins en moins les gens, en particulier les jeunes.
Peu de jeunes connaissent le sujet et ils sont encore moins nombreux à être au courant des conclusions du rapport de l’Assemblée interjurassienne.

Lundi, jour de la publication du rapport final de l’Assemblée interjurassienne. A Moutier, dans un Momo’s bar plein à craquer, jeunes autonomistes et antiséparatistes s’étaient déplacés en nombre pour assister au débat animé par la Radio Suisse romande sur la Question jurassienne. Une affluence exceptionnelle pour un thème qui ne passionne plus vraiment?

«J’ai été étonné en bien de voir autant de jeunes pour ce débat», explique Marc Freléchoux, animateur principal du groupe Bélier. Le mouvement de jeunes en faveur d’une réunification revendique quelque 400 membres, provenant des deux côtés de la Roche SaintJean, mais constate une érosion certaine de ses adhérents. «Je pense qu’il y a un désintérêt général pour la politique régionale», analyse l’animateur principal. «En outre, la Question jurassienne n’est pas enseignée dans les écoles, mais on a fait quelques interventions au Gouvernement et ça avance lentement», préciset-il. Dès lors, qui sont ces jeunes, nés bien après les années de braise, qui s’engagent dans les mouvements de lutte? «Certains s’engagent en raison de l’Histoire jurassienne, qui est très intéressante, mais beaucoup viennent aussi car nous sommes le seul mouvement actif à la fois politisé et non partisan», explique encore le chef de file du Bélier.

Chaque année, la jeunesse sympathisante jurassienne se réunit en masse à Tavannes – environ 600 personnes – à l’occasion de la Fête jurassienne de la Jeunesse: «Et cette édition devrait accueillir beaucoup plus de monde que d’habitude», prédit Marc Freléchoux.

Un regain d’intérêt ces dernières années

Du côté des antiséparatistes, le constat est un peu différent: «Nous constatons un léger regain d’intérêt pour la Question jurassienne depuis une dizaine d’années», explique Michael Schlappach, 21 ans, président du groupe Sanglier, un mouvement qui compte aujourd’hui une cinquantaine de membres. Selon lui, l’actualité récente a permis aux jeunes de se sentir davantage concernés, mais le désintérêt général prouve que les gens ne souhaitent pas de changement institutionnel. Lui-même est tombé dans la marmite progressivement: «Mes parents étaient peu engagés dans la Question jurassienne. Après avoir vu chaque année les militants jurassiens brandir les drapeaux, notamment à la Fête de la Jeunesse, j’ai d’abord voulu en savoir davantage, puis, de fil en aiguille, j’ai considéré ces actions comme des agressions et j’ai commencé à militer», raconte-t-il.

«Je n’ai jamais été dans ce truc»

Au sein des parlements des jeunes du Jura et de Moutier, récemment constitués, la Question jurassienne ne passionne pas vraiment: «Je n’ai jamais vraiment été dans ce truc... Je trouve que c’est dépassé» reconnaît Christophe, 20 ans, qui siège au Parlement des jeunes de Moutier. Ses deux collègues, Edgar et Grégory, même âge, sont d’ailleurs sur la même longueur d’onde. «Je connais un peu de ce que j’ai appris à l’école. Mais je préfère me consacrer à des projets concrets pour ma ville» explique le premier. «Je ne souhaiterais pas aborder ce sujet au Parlement des jeunes de Moutier pour éviter de créer des clans. Je préfère traiter de sujets concrets», avance le second.

Le Parlement des jeunes du Jura, qui a récemment pris position en faveur de la réunification des six districts, se sent en revanche plus concerné que les jeunes Prévôtois. «C’est mon avenir et celui de tous les Jurassiens» estime Dylan Voirol. Un avis qui ne peut qu’être partagé par Théo Burri, le seul du parlement des jeunes à militer au Bélier: «Les jeunes connaissent mal l’histoire jurassienne, mais ils s’y intéressent quand on leur en parle» explique-t-il. Issu d’une famille militante, Théo Burri a passé son enfance bercée par les chants de la Fête du peuple et de la Fête de la Jeunesse.

«Pas un sujet de discussion»

Le président du Parlement des jeunes du Jura, Léonard Voirol, avoue s’intéresser depuis peu à la Question jurassienne: «Au parlement, nous avons dû prendre connaissance d’un historique de la Question jurassienne car pratiquement personne ne connaissant le sujet», explique-t-il, regrettant n’avoir pas eu plus de cours d’histoire jurassienne à l’école. Et d’ajouter: «Ce n’est vraiment pas un sujet discuté dans les cours de récréations».

Militants des deux bords ou férus d’histoire, les jeunes s’accordent en tout cas sur une chose: débattre du sujet avec calme et modération.

Source = Le Quotidien Jurassien, samedi 9 mai, p.3

Trois questions à Joanna Eyer, déléguée interjurassienne à la jeunesse

GRG

Remarquez-vous dans vos relations avec les jeunes un intérêt pour la Question Jurassienne?

Il y a une minorité de jeunes qui s’intéressent et qui connaissent bien la Question jurassienne mais la plupart ne connaissent que certaines étapes. Ceux-là ont souvent appris certaines étapes de l’histoire jurassienne à l’école et ont donc reçu des explications non partisanes. Globalement, je constate que les jeunes sont aujourd’hui mieux informés sur les enjeux nationaux, voire mondiaux, que sur les thèmes régionaux comme la Question jurassienne. De mon point de vue, je ne trouve pas négatif qu’ils se sentent peu concernés par cette question dans la mesure où ils s’intéressent à d’autres problèmes qui les touchent directement et plus concrètement, comme l’environnement ou les places de travail. Mais je pense que les jeunes sont tous potentiellement intéressés par la Question jurassienne. Mais seuls quelques-uns sont engagés, et ils sont une minorité.

Quel est le profil de ces jeunes qui s’intéressent à la Question Jurassienne? Y a-t-il une différence entre les jeunes du Jura bernois et du canton du Jura?

Les jeunes qui connaissent bien la Question jurassienne et qui militent parfois au sein d’un mouvement sont en principe issus d’une famille qui a elle-même milité par le passé. Certains ont aussi été motivés par un proche – un ami ou une connaissance – qui est déjà engagé dans la Question Jurassienne. En revanche, il est difficile de dire si les jeunes du Jura bernois connaissent mieux le sujet que les jeunes du canton du Jura.

Au sein des Parlements des jeunes, du Jura et de Moutier, constatez-vous une couleur politique chez les jeunes pendant les débats ?

Non. Ils travaillent pour des projets, des idées, des objectifs, mais ils n’ont pour la majorité pas d’appartenance à un parti politique.

Source = Le Quotidien Jurassien, samedi 9 mai 2009, p.3

RAPPORT DE L’AIJ: Les partis gouvernementaux fustigés

GI

Le Groupe autonome (PSA/ PDC) au Grand Conseil s’en prend dans un communiqué aux partis gouvernementaux bernois, qui lors du dépôt du rapport final de l’AIJ, le 4 mai, s’empressaient de rappeler «la nécessité de conserver au canton de Berne son rôle de pont entre la Suisse occidentale et la Suisse orientale» et affirmaient leur préférence pour la piste dite du «statu quo+».

Le Jura bernois et son rôle de pont...

Or, le lendemain, dans le cadre de la réorganisation de la justice pour les mineurs, les représentants des mêmes partis rejetaient le maintien dans le canton du système du juge des mineurs, contre l’avis de la Députation francophone. La solution écartée aurait pourtant permis d’adapter la justice bernoise, donc du Jura bernois, à celle en vigueur dans tous les cantons romands. Le rôle de «pont» entre cantons alémaniques et romands est donc vite oublié.

Socialistes interpellés

«Ceci démontre que seuls les naïfs, dont en particulier les élus francophones des partis gouvernementaux, peuvent encore accorder du crédit aux discours de la classe politique bernoise», écrit le Groupe autonome dans son communiqué. Et d’ajouter: «Que les partis de droite adoptent une telle attitude n’est pas étonnant. Ils veulent la fin de l’AIJ, sont favorables au statu quo et n’ont pas à craindre la réaction des moutons qui leur servent de représentants dans le Jura bernois. On attend en revanche que le parti socialiste explique comment on peut, un jour, vanter le rôle de pont du canton de Berne, se dire favorable au «statu quo +» et donc à la création d’institutions communes et, le lendemain, prendre une décision contraire qui signe l’arrêt de mort du tribunal interjurassien des mineurs et montre que Berne est un canton alémanique comme les autres!» concluent les auteurs du communiqué.

Source = Le Quotidien Jurassien, mardi 12 mai 2009, p.11

COMMENTAIRE - AIJ: des conclusions à la carte, mais parfaitement contradictoires

Pierre-André Chapatte

Avec quelques jours de recul, force est de constater que l’Assemblée interjurassienne est restée au milieu du gué. Son rapport final est certes adopté par la majorité des deux délégations du Jura et du Jura bernois, mais cette double majorité ne doit pas faire illusion. Elle recouvre la permanence de divergences de fond qui se traduisent par l’incapacité de dépasser le poids des réalités et de trancher en faveur d’un seul et même projet d’avenir pour la région. Les réactions au rapport de l’AIJ montrent bien que chacun peut en tirer les conclusions qui lui conviennent. Et ces conclusions sont parfaitement contradictoires.

Voyez le recours au peuple pour trancher. Il est évident qu’il appartient aux populations concernées de décider de leur avenir. Quelles que soient la ou les pistes retenues, l’AIJ ne pouvait que demander aux gouvernements jurassien et bernois de s’en remettre au verdict populaire. Encore faudrait-il, pour que le peuple tranche, que le vote soit organisé. Or rien n’est moins sûr. Il avait fallu une pression populaire énorme dans les années soixante pour que la Berne fédérale intervienne et contraigne la Berne cantonale à adopter un additif constitutionnel qui ouvre la voie aux plébiscites.

Cette pression n’existe pas – ou pas encore – dans le Jura bernois. Au contraire, la Berne cantonale peut s’appuyer sur des voix suffisamment nombreuses pour ne pas organiser un vote d’autodétermination. Berne réserve certes sa réponse, mais le ton est donné. L’ancien canton n’ira pas à l’encontre d’une majorité qui lui était acquise il y a trente ans et qu’il n’a pas de raison de penser qu’elle ne le serait plus aujourd’hui. S’ajoutent à cette absence de pression populaire l’attachement de Berne à son bilinguisme et le rôle qu’elle s’attribue de canton charnière entre les cultures francophones et alémaniques. On voit déjà pointer l’argument: toucher à ce mythe serait porter atteinte à l’édifice confédéral. Le retour de Bienne dans le débat interjurassien est à cet égard significatif.

L’absence d’un choix clair de l’AIJ s’inscrit par ailleurs sur fond d’un débat plus large sur la collaboration intercantonale et la perspective d’une recomposition des cantons. Avec, pour brouiller un peu plus les cartes, la résurgence de l’idée d’un canton de l’Arc jurassien. Une clarification nous paraît s’imposer. La collaboration entre cantons n’implique pas nécessairement leur fusion. Les cantons de l’Arc jurassien, et de toute la Suisse romande d’ailleurs, peuvent donc – et le doivent surtout – intensifier leurs collaborations sans vouloir absolument se fondre dans un improbable ensemble institutionnel commun.

La collaboration interjurassienne, elle, ne fonctionne pas, ou que très mal, sans un cadre institutionnel commun. Voyez l’Assemblée interjurassienne. En quinze ans, elle a eu toutes les peines du monde pour susciter et faire accepter par Berne et le Jura quelques collaborations pourtant aussi évidentes qu’indispensables. Cela tient essentiellement au fait que le Jura bernois n’a pas de compétences cantonales et doit donc s’en remettre au bon vouloir des autorités bernoises. Ce frein institutionnel ne permettra pas de pousser bien loin la collaboration entre le Jura et le Jura bernois. C’est dire que la piste dite du «statu quo +» n’a pas d’avenir pour la collaboration interjurassienne. L’AIJ aurait dû avoir la clairvoyance et le courage de l’écarter. Elle n’est pas une solution à la question jurassienne et ne répond donc pas au mandat confié à l’Assemblée interjurassienne.

Source = Le Quotidien Jurassien, lundi 11 mai 2009, p.2


COURRIER DES LECTEURS

A propos du rapport de l’AIJ

Après les cascades successives des plébiscites conduisant à la division du Jura historique, il a fallu du temps pour cicatriser les nombreuses plaies. Trente ans plus tard, on vit dans la normalité retrouvée, preuve en est l’excellent climat de travail de l’AIJ. Un autre exemple de la vie interjurassienne: l’accueil chaleureux des propositions de concerts du Festival du Jura dans le Jura bernois depuis presque trois décennies. L’avenir de la Suisse des 23 cantons est sérieusement remis en question par une «métropolisation» du pays, une Suisse constituée de quelques grandes régions. Du côté de l’ouest, on aperçoit quelques nouveaux contours se dessiner: une région du bassin lémanique (Vaud/Genève) et une région au cœur de laquelle Bâle deviendra le centre; entre ces deux axes, la région de l’Arc jurassien s’impose logiquement. Les entités actuelles de l’Arc jurassien – le canton du Jura (70000 habitants), le Jura bernois (50000 hab.) et le canton de Neuchâtel (170000 hab.) – sont trop faibles pour poursuivre individuellement à notre époque un quelconque développement. De nombreux points communs poussent ces trois partenaires à travailler et à vivre ensemble. Faut-il commencer par abolir les frontières cantonales existantes? La démonstration de la récente histoire jurassienne est claire: la suppression des frontières n’est pas simple du tout, car elle peut froisser les conceptions des uns et favoriser les rivalités et les susceptibilités des autres. Il est indispensable, dans ce nouveau processus d’organisation du territoire fédéral, de ne pas débuter les opérations par la problématique des frontières, mais de partager des réflexions et d’apporter des solutions convaincantes dans les domaines comme l’économie, la formation (à l’image de BEJUNE, pour la formation des enseignants) et la culture (comme le projet de construction de l’Auditorium du Jura par les architectes Herzog & de Meuron à Courgenay). Grâce à la mobilité offerte bientôt par l’achèvement de la Transjurane, grâce aux échanges et aux collaborations, des projets communs forts feront vivre l’espace de l’Arc jurassien. A moyen terme, les activités communes conduiront naturellement à l’abolition des frontières actuelles, frontières artificielles en regard des visions européennes des dernières décennies et des progrès fulgurants de ces dernières années au niveau mondial, dans le secteur des communications.

(GEORGES ZAUGG, enseignant et directeur artistique du Festival du Jura, Courgenay)

A propos de l’AIJ

Après publication du rapport de l’Assemblée interjurassienne je me sens, comme beaucoup d’habitants de la région,en colère. Quinze ans de travail pour arriver à une conclusion dont la majorité de la population aurait deviné l’issue? Mesdames et Messieurs les acteurs politiques de cette farce médiatique, n’avez-vous pas honte? C’est ce que vous appelez «travailler pour la région»? La jeune génération se moque, en grande majorité, de cette guéguerre de bac à sable depuis fort longtemps. Tout ce temps perdu, cet argent gaspillé dans des séances agrémentées de petits plats et de grands crus n’aurait-il pas été mieux utilisé pour mettre en avant notre région de façon positive pour sa culture, son passé, son savoirfaire, ses différences? Au fait, personne n’en parle... Quel est le montant total de l’argent gaspillé?

(LAURENT SCHAFFTER, Rosière 4, Courtételle)

Source = Le Quotidien Jurassien, lundi 11 mai 2009, p.2

THEMA - Neuer Kanton: Neuenburg/Neuchâtel NE zusammen mit dem Jura (Kt. Jura und Jura bernois)

UNION NEUCHÂTEL - JURA: Un serpent de mer plus que centenaire

RÉMY CHÉTELAT

(Photo: La vénérable borne des Trois Evêchés, sur le Doubs à Biaufond (commune de La Chaux-de-Fonds), marque la frontière entre le Jura (Les Bois), Berne (La Ferrière) et le canton de Neuchâtel.)

L’idée d’un canton réunissant le Jura et Neuchâtel n’est pas nouvelle.
Elle refait l’actualité vu l’imminence de la publication du rapport de l’Assemblée interjurassienne.
En 1866 un journal chaux-de-fonnier dirigé par un Jurassien l’évoquait déjà.
Cette proposition doit être aussi vieille que le malheureux rattachement du Jura au canton de Berne en 1815.

Réunir dans un nouvel Etat cantonal, qui s’appelerait Arc ou Arc jurassien, le canton du Jura, le Jura bernois et le canton de Neuchâtel est une idée qui revient à intervalle régulier. C’est à nouveau le cas depuis quelques mois, résurgence due aux travaux de l’Assemblée interjurassienne, qui livrera lundi son rapport sur la reconstitution de l’unité du Jura.

Des voix, probernoises principalement, s’élèvent pour appeler à la création de cet ensemble plus vaste qui permettrait d’éviter une réunification de la patrie jurassienne en dépassant les frontières des six districts francophones du Jura historique. Depuis peu, ce concept est également relayé du côté de Neuchâtel, qui s’était gardé de tout immixtion jusqu’ici, notamment par le conseiller d’Etat Jean Studer.

1990: Jacques Hirt

Différents politiciens ont fait la promotion de cette idée, dont la paternité est généralement attribuée ces dernières années à Jacques Hirt, ancien maire de La Neuveville. Il avait parlé de ce nouveau grand canton à Jean-Claude Rennwald, alors journaliste, dans un entretien publié dans le journal La Suisse peu avant la Fête du peuple jurassien, le 9 septembre 1990.

1966: Roland Béguelin

Jacques Hirt relançait en fait une idée qui avait été discutée vingt-quatre ans auparavant déjà. Lors de la Fête du peuple de 1966, Roland Béguelin précisait que la réunion du Jura (encore sous régime bernois) au canton de Neuchâtel «pourrait sans doute convenir aux Jurassiens, aurait l’avantage de lever certaines oppositions dans les vallées du sud et d’associer, au sein d’un Etat relativement puissant, des populations que tout rapproche et qui sont, au fond, identiques».

1936: Pierre Guye

Trente ans avant les déclarations du secrétaire général du Rassemblement jurassien, en 1936 donc, un certain Pierre Guye publie une brochure: La question du séparatisme jurassien. Projet d’un agrandissement territorial du Canton de Neuchâtel. Un nouveau canton dans le Jura, (Lausanne-cité, Imprimerie Rochat).

L’historien Claude Hauser, dans sa thèse Aux origines intellectuelles de la Question jurassienne, dit de Pierre Guye qu’il est un homme de plume prolixe ayant notamment cherché dans les années trente des appuis dans la droite et l’extrême-droite rénovatrices dans l’espoir de réaliser une grande Romandie, reminiscence du Royaume de Bourgogne médiéval.

Ce propagandiste neuchâtelois constatait en 1936, soit onze ans avant le réveil jurassien de 1947, que «la question du séparatisme jurassien revient périodiquement sur le tapis. C’est certainement une preuve que le rattachement du Jura de langue française au canton de Berne ne fut pas une heureuse solution; il ne peut être considéré que comme une solution provisoire. Il n’existe en effet aucune unité géographique entre le canton de Berne de langue allemande et le Jura bernois de langue française. Par contre, les Neuchâtelois ont avec les Jurassiens bernois de langue française une unité linguistique et géographique.» Guye précise encore que l’éventualité d’un rattachement du Jura à Neuchâtel a été «nettement envisagée» au XIXe siècle.

Selon Pierre Guye, il serait «sans doute préférable» de ne pas incorporer au canton de Neuchâtel le district de Laufon qui devrait selon lui revenir au canton de Bâle (n.d.l.r.: rattaché à Bâle-Campagne depuis 1994) et la ville de Bienne. Cette ville, où la langue allemande domine, devrait rester dans le giron bernois, précise l’auteur. Mais les villages du bord du lac de Bienne (Gléresse, Douanne, Tüscherz), qui étaient voilà quelques siècles français de langue, ajoute-t-il, devraient passer sous juridiction neuchâteloise, tout comme Evilard et Macolin. Pierre Guye prédit en 1936 que l’ensemble du Jura devrait se sentir à l’aise avec Neuchâtel, dont le passé prussien s’est estompé.

L’autre solution de Guye

Pierre Guye évoque encore une «autre solution» à la fin de son essai: n’incorporer au canton de Neuchâtel que l’Erguël, le Chasseral, les bords du lac de Bienne. C’est-à-dire La Neuveville, Douanne, Daucher (Tüscherz) ainsi que les villages de Plagne, Vauffelin, Romont et La Chaux-d’Abel. Il propose que le reste du Jura bernois francophone forme un nouveau canton réunissant les régions de Saignelégier, Tramelan, Tavannes, Moutier, Delémont, Saint-Ursanne et Porrentruy.

Guye étaye son propos: «Les régions du Chasseral, de l’Erguël et de La Chaux-d’Abel ont certainement davantage de parenté avec le canton de Neuchâtel que les autres parties du Jura bernois.»

1866: Pierre Coullery et «La Voix de l’Avenir»

Septante ans avant les théories de Guye, que Le Démocrate avait qualifiées dans un entrefilet de «séparatisme fantaisie», et tout juste un siècle avant Roland Béguelin en 1966, un vent de séparatisme soufflait sur le Jura. L’Ajoulot Pierre Coullery, né en 1819 à Villars-sur-Fontenais, qui fut médecin avant d’entrer dans le journalisme et en politique, appelait de ses vœux, en 1866 donc, la séparation du Jura du canton de Berne auquel il avait été annexé lors du Congrès de Vienne cinquante et un ans auparavant.

«Nous sommes heureux de voir que les questions jurassiennes prennent une nouvelle tournure. Elles entrent dans une nouvelle phase. Berne s’inquiète et nos confédérés commencent à s’intéresser à notre sort. Les événements peuvent se précipiter et surgir d’un jour à l’autre. (…) Malheur à ceux qui oseraient venir troubler l’âme d’un peuple qui se recueille pour assurer ses destinées», écrit Pierre Coullery dans La voix de l’Avenir, organe porteur des idées du parti politique Le Cercle des Travailleurs qu’il a fondé à La Chaux-de-Fonds.

Le journal Le Jura du 20 février 1866 note que la publication de Coullery a «prêché ouvertement la séparation. Ce journal va même plus loin: il demande la réunion du Jura bernois avec le canton de Neuchâtel», ajoute Le Jura.

Le coup de gueule des séparatistes du Haut

Une vieille histoire donc que le séparatisme jurassien et ses fiançailles avec la république de Neuchâtel. Un canton qui en passant soit dit cherche toujours l’harmonie entre son peuple des Montagnes et celui de son lac.

Rappelons pour l’anecdote la pétition lancée l’an dernier par les séparatistes du Haut, mécontents de la politique cantonale neuchâteloise. Leur texte a récolté 3500 signatures, autant de personnes qui demandaient le rattachement des districts du Locle, de La Chaux-de-Fonds et du Val-de-Travers au… canton du Jura.

Source = Le Quotidien Jurassien, samedi 2 mai 2009, p.3

COMMENTAIRE: La création du canton a changé la donne

Rémy Chételat

Le mariage à trois entre les cantons de Neuchâtel, du Jura et le Jura bernois, dont on nous rebat les oreilles depuis quelque temps, est une vieille histoire. La piste n’est pas dénuée de sens ni d’intérêt mais cet élargissement, faut-il le rappeler, ne concerne pas le mandat de l’Assemblée interjurassienne qui publiera lundi ses conclusions. Longtemps le Jura dans son entier a été sous domination bernoise. Longtemps il a été difficile de croire à son émancipation et à sa capacité de gérer son propre destin. A cette époque, une union avec Neuchâtel paraissait forcément plus judicieuse que son rattachement à un canton alémanique. Un Jurassien du Nord comme du Sud a davantage de points communs avec un Neuchâtelois qu’avec un Bernois. Cela tombe sous le sens, ne fût-ce que pour une question de langue. La création du canton du Jura a fondamentalement changé la donne. Souverain sur trois de ses districts, le jeune Etat trentenaire laisse la porte ouvertes aux Jurassiens demeurés dans le giron bernois. Même si un horloger du vallon de Saint-Imier ressemble à un horloger des Montagnes neuchâteloises, il est encore plus près d’un horloger des Franches-Montagnes. La plus proche famille d’un Jurassien du Sud se trouve dans le canton du Jura. Les Neuchâtelois sont de sympathiques cousins avec lesquels, pourquoi pas, les frères du Jura pourraient un jour construire une nouvelle entité. Si Neuchâtel le souhaite, ce qui aiderait peut-être les relations entre le Haut et le Bas du canton . Le sentiment d’appartenance cantonale se fonde d’abord sur l’identité. Pour vivre ensemble harmonieusement il faut se ressembler. Le reste c’est de la comptabilité. Et les problèmes financiers ne se règlent par forcément dans un plus grand ensemble, même s’il permet des économies d’échelle. D’intelligents accords de collaboration intercantonale valent mieux qu’un grand amalgame hétérogène dans lequel les repères se perdent. Des Jura, il y en a plusieurs: à côté du nôtre, composé du canton du Jura et du Jura resté bernois, il y a le Jura neuchâtelois, le Jura vaudois. Dans le cadre d’un découpage fédéral repensé, alors que les actuelles frontières cantonales montrent leurs limites, une nouvelle entité de l’Arc jurassien pourrait être envisagée, de Boncourt à Saint-Cergue, en passant par La Neuveville, Le Creux-du-Van, Yverdon, Le Sentier. Et pourquoi ne pas regarder plus loin, avec une once d’utopie dans l’œil, et constituer une grande région d’Europe avec la FrancheComté, de Belfort à Saint-Claude? Alors, un mariage à trois tout de suite? Non, l’évidence conduit, dans un premier temps du moins, à une union plus classique. Après quinze ans de fiançailles au sein de l’Assemblée interjurassienne, un mariage à deux au sein d’une Maison jurassienne réaménagée ferait de belles noces.

Source = Le Quotidien Jurassien, samedi 2 mai 2009, p.3

Mariage à trois: la voie qui séduit d’abord le Sud (Sondages)

Elargissement Un canton de l’Arc jurassien, réunissant le Jura bernois aux cantons du Jura et de Neuchâtel, n’est pas écarté par la population des six districts francophones du Jura historique. Un sondage, réalisé en mars 2008 par MIS Trend pour Le Quotidien Jurassien, montrait que cette idée séduit la moitié des personnes interrogées tant dans le Jura méridional que dans le canton du Jura. C’est dans le Jura bernois que les opinions sont les plus tranchées (voir le graphique). Les sondés politiquement à gauche sont les plus favorables à cette idée.

Appui à un Jura à six communes Ce sondage soulignait également que 51% des Jurassiens des six districts sont favorables à la création d’un canton du Jura à six communes, tel que l’avait proposé l’AIJ peu avant. Les sondés du canton du Jura étaient clairement favorables (64%) contre 35% dans le Jura bernois. Précisons qu’au moment de l’enquête, on ignorait que Moutier serait retenu par l’AIJ comme capitale de ce futur Etat.

AIJ : confiance moyenne Les Jurassiens disaient accorder dans ce même sondage une confiance relative en l’Assemblée interjurassienne pour résoudre la Question jurassienne. C’est surtout dans le Jura bernois que la confiance en l’AIJ est la plus faible: 53% des sondés estiment que les propositions de l’AIJ n’apporteront aucune solution. Mais c’était en mars 2008, il y a plus d’une année donc…

RC


Source = Le Quotidien Jurassien, samedi 2 mai 2009, p.3

Weitere Artikel

COMMÉMORATION DU 16 MARS À MALLERAY: Les milieux antiséparatistes accusent l’AIJ et son président de partialité

Le Quotidien Jurassien, lundi 16 mars, p. 11:

Les milieux antiséparatistes étaient réunis vendredi à Malleray pour la commémoration du 16 Mars 1975.
Les orateurs de la soirée ont critiqué l’Assemblée interjurassienne (AIJ), accusée à plusieurs reprises de partialité.

L’échéance approche et les fronts se durcissent. A quelques semaines de la publication du rapport de l’Assemblée interjurassienne (AIJ), le 4 mai, les milieux antiséparatistes ont rappelé vendredi à Malleray tout le mal qu’ils en pensaient. Ils étaient une petite centaine à se réunir à l’occasion de la commémoration du 16 Mars 1975, date à laquelle près des 70% de la population des trois districts de Moutier, Courtelary et La Neuveville, avaient décidé de rester attachés au canton de Berne. Musique, fête et discours musclés étaient au programme. Selon les sources des milieux antiséparatistes, il ne fait désormais guère de doute que l’AIJ privilégiera en mai prochain la piste d’une nouvelle entité jurassienne à six communes, formée du Jura et du Jura bernois, et avec Moutier pour capitale.

Les orateurs de la soirée ont dénoncé les pressions exercées par l’AIJ sur la délégation bernoise, notamment par son président, Serge Sierro, «pour faire admettre qu’à terme la réunification avec le Jura constitue la solution la plus rationnelle et la plus historique pour le Jura bernois», selon les termes du conseiller national Jean-Pierre Graber (UDC), qui a martelé, sous un tonnerre d’applaudissements: «En réalité, les travaux de l’AIJ portent le sceau de la partialité, d’un exclusivisme substantiel et d’un irréalisme partiel qui confine au romantisme politique. » Même son de cloche du côté de Michael Schlappach et Roland Benoît, respectivement président du Groupe Sanglier et de Force Démocratique, qui ont par ailleurs appelé les militants à la sérénité et à la vigilance en attendant la date fatidique du 4 mai.

Un vote à l’horizon 2015

Alors que d’autres fuites au sein de l’AIJ laissent entendre que l’institution pourrait proposer aux gouvernements jurassiens et bernois de demander l’avis de la population, à l’horizon 2015, Michael Stämpfli, président de BERN­bilingue, anciennement les amis du Jura bernois, a déclaré: «Le pire serait de retomber dans la logique d’un plébiscite. Non pas que je craigne le résultat, mais surtout ce qui précède.» Une opinion partagée par Marc André Houmard, ancien président de Force Démocratique, qui refuse de vivre pendant six ans ce qu’il a vécu il y a plus de trente ans.

GRG

Quelle/source: Le Quotidien Jurassien lundi, 16 mars, p. 11

ACCORD DU 25 MARS 1994

«Il fallait passer par une étape de réconciliation»

par PATRICK CERF

(Photo: Vendredi 25 mars 1994 à Berne. Une conférence de presse historique est donnée par les gouvernements jurassiens et bernois, sous l’égide du Conseiller fédéral Arnold Koller. Le fameux «Accord du 25 mars» était signé. ARCHIVES BIST)

La signature de l’Acccord du 25 mars 1994 – que d’aucuns ont présenté comme un accord de paix entre Berne et le Jura – a semé le trouble, tant dans les milieux séparatistes que probernois. Ce paraphe devait mettre en oeuvre la première des deux propositions de la Commission Widmer: la création de l’Assemblée interjurassienne (AIJ).

Président du Gouvernement de la République et Canton du Jura à cette époque, Jean-Pierre Beuret a signé cet accord. «Nous avions des bons contacts avec le Gouvernement bernois. Il fallait passer par une étape de réconciliation avant de rédiger les bases d’un avenir commun. Ce rapprochement nous a valu d’être traités de tout les noms par les mouvements de lutte séparatistes», se souvient l’ancien ministre PCSI.

La deuxième proposition du rapport Widmer

Alors quel rapport existe-t-il entre l’Accord du 25 mars 1994 et la décision du Grand Conseil bernois de permettre au Jura méridional de se prononcer sur un nouveau canton? «Celui d’aboutir à ce que la Commission Widmer (cf. Bericht Kommission Widmer 1993) préconisait dans un deuxième temps, à savoir que les deux Jura, Nord et Sud, se retrouvent autour d’une table pour écrire la constituante d’un futur état réuni», explique Jean-Pierre Beuret, qui parle d’une solution «constructive et honnête». «On ne demandera pas aux citoyens de s’engager sur une voie inconnue», insiste-t-il.

Et de prévenir: «Il faudra toutefois que les gens comprennent le message. Ce n’est pas un «oui» définitif pour la création d’un nouveau canton que l’on glissera dans l’urne à la fin de l’année, mais un «oui» d’entrée en matière. C’est bien lors du deuxième vote que l’on décidera d’un nouveau canton!

Décision unilatérale?

Si le Socialiste biennois Hermann Fehr, homologue bernois de Jean-Pierre Beuret lors du paraphe du 25 mars 1994, n’a pas souhaité s’exprimer, son ancien collègue du gouvernement Peter Schmid s’est quant à lui montré plus bavard.

«Je peine à comprendre cette évolution de la situation. Pour moi, le problème a été réglé par les plébiscites des années 1970», commence l’ancien conseiller d’Etat UDC. «Lorsque nous avons mis sur pied l’AIJ, j’étais toutefois conscient des risques que cela impliquait, à savoir une décision qui n’arrangerait finalement qu’un seul camp», relève-t-il.

L’agrarien dit toutefois s’être efforcé de soigner le dialogue avec le nouveau canton: «Nous avons mis sur pied d’importantes collaborations, notamment scolaires et culturelles, ainsi que les études au niveau BEJUNE.

«Dans cette affaire, ce sont les discussions sans fin de la solution communaliste qui me font peur», conclut Peter Schmid.

Source/Quelle: © Le Quotidien Jurassien 30 jan 2013, p. 11

Links

  • Assemblée interjurassienne (AIJ) [6]
  • Link AIJ documents (frç.) [7]
  • Link AIJ Dokumente (deutsch) [8]
  • Rapport de la commission Widmer: Bericht Kommission Widmer 1993
  • Dossiers (franz.): AIJ(Journal du Jura - Gassmann, Biel/Bienne): 1. Dossier [9] 2. Dossier [10] 3. Dossier [11]
  • cf. Fernsehen TeleBielingue 2009: Videos Jura-Frage/AIJ auf foscubeblog
  • Dossier Berner Zeitung: Berner Jura und Kt. Jura [12] (Stand Okt. 2009)
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